Vibrations (9 juillet)

02/08/26 | Compte-rendus | 0 commentaires

Derniers feux de la saison à l’Opéra de Paris sur la scène de Garnier avec un programme mixte contemporain, intitulé Vibrations. On s’interroge sur les génies du marketing qui ont trouvé bon de donner un titre à ce type de programmation. En tout cas, je cherche toujours le point commun entre les trois œuvres proposées par cette soirée, une création de l’Américaine Micaela Taylor, une entrée au répertoire pour Solo For Two de Mats Ek et enfin la reprise de l’acclamé Seasons’ Canon de Crystal Pite.

Dreams this Way de Micaela Taylor va sans doute rejoindre la longue liste des créations très vite oubliées du répertoire parisien. Moins d’1 mois après l’avoir vu, je retiens une ambiance grisâtre, celle d’une salle d’attente où des jeunes gens patientent pour un entretien d’embauche (?). S’ensuit une chorégraphie très répétitive et peu exigeante techniquement avec des ensembles qui parfois peuvent rappeler ceux du clip de Thriller. Peu d’individualités émergent: je retiens Letizia Galloni, Axel Ibot et Yvon Demol. La thématique de l’aliénation de l’individu dans le monde économique moderne a déjà été mieux abordée par d’autres artistes, y compris lors de courtes pièces de Soirées Danseurs Chorégraphes. Pourquoi aller chercher une chorégraphe américaine pour délivrer une commande aussi pauvre?

Le contraste avec l’œuvre de Mats Ek qui suit n’en est que plus saisissant. On retrouve certes un minimalisme similaire dans la scénographie, mais la construction chorégraphique est au cordeau, chaque geste fait sens et génère une émotion. Solo for Two est une pièce d’une trentaine de minutes, pas de deux sur l’usure du couple immortalisé pour le petit écran par Sylvie Guillem, est ici confié à Hannah O’Neill accompagné de Milo Avêque. Sur la musique d’Arvo Pärt, on peut souvent s’attendre à des pas de deux néo-classiques interchangeables : ici, l’humour et l’inventivité sont au rendez-vous pour cet instantané dans l’intimité d’un couple où l’homme, grand adulescent, sorte de Pierre Richard dégingandé, essaie de retrouver, dans sa femme si raisonnable, celle dont il est tombé amoureux. La magie de Mats Ek, c’est aussi de faire découvrir les danseurs sous un jour inédit. Cela faisait longtemps (ou peut-être jamais) que l’on n’avait vu Hannah O’Neill sans les parures de strass de la ballerine parfaite. De même, Milo Avêque, qui n’est encore que coryphée, est plutôt perçu comme un pur danseur classique sans aspérités : ce rôle, en prolongement d’un partenariat avec Hannah O’Neill déjà entamé sur Giselle et Roméo et Juliette, semble augurer de nouvelles perspectives artistiques pour le jeune danseur.

La soirée se clôture avec the Seasons’Canon de Crystal Pite, presque 10 ans après sa création. Il faut avouer que cette commande de Benjamin Millepied est devenue une pièce emblématique du répertoire, à l’instar d’un Parc, et que, si l’inspiration de Crystal Pite semble s’être tarie depuis, cette pièce exploitant une musique facile, les Quatre Saisons de Vivaldi remixées par Max Richter, a bien résisté aux modes et au changement de génération de danseurs. On retrouve toute l’énergie du corps de ballet qui semble adorer cette chorégraphie. Aux côtés de danseurs qui ont pleinement vécu la génération Millepied tels que Eléonore Guérineau, Jérémy-Loup Quer ou Hugo Vigliotti et d’une jeune étoile, Roxane Stojanov, on découvre ceux qui vont sans doute être les piliers de la compagnie de demain: Andrea Sarri (décidément magnétique à chacune de ses apparitions et quel que soit le registre), Hortense Millet-Maurin, Luna Peigné ou encore Théo Gilbert. Une belle conclusion, à une soirée en demi-teinte, à l’image d’une saison qui manquait de rythme.

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