Malandain Ballet Biarritz : la danse comme refuge

07/10/26 | Compte-rendus | 0 commentaires

A quelques mois de son départ du Ballet Biarritz qu’il dirige depuis 1998 et auquel son nom est associé, Thierry Malandain s’offre une tournée d’adieux avec sa troupe qui s’arrête pour quelques dates parisiennes au Théâtre des Champs Elysées. Le programme de la soirée s’intègre particulièrement bien au cadre historique de la salle avec trois compositeurs qui ont fait les grandes heures du théâtre. Ainsi, l’Oiseau de Feu convie le souvenir des Ballets Russes et de Stravinsky. Maurice Ravel, dont les compositions sont des piliers du répertoire joué avenue Montaigne, prête son Boléro à une énième version chorégraphique, tandis que Camille Saint-Saëns, qui participa à la soirée d’inauguration du théâtre en 1913, inspire Minuit et demi ou le Cœur Mystérieux avec ses Mélodies.

S’il ne fallait retenir qu’une pièce de la soirée, ce serait la première, l’Oiseau de Feu. Thierry Malandain offre une relecture empreinte de mysticisme du conte folklorique russe, qui avait déjà été revisité par Maurice Béjart en 1970 dans une version contemporaine. Ici, comme chez Béjart, l’oiseau est un danseur (charismatique Hugo Layer qui rappelle les grandes stars béjartiennes), mais, au lieu d’être l’incarnation d’une jeunesse révolutionnaire, il est un « passeur de lumière », lien entre Dieu et la communauté des hommes auxquels il apporte la consolation et l’espérance. Il est assisté dans cette mission par deux solistes, qui évoquent les figures de Saint François et de Sainte Claire d’Assise et qui jouent le rôle de médiateurs avec la communauté terrestre. La chorégraphie néo-classique de Thierry Malandain toute en fluidité transmet un sentiment d’élévation spirituelle et laisse le spectateur dans un état de paix intérieure.

Autre ballet issu de la tradition des Ballets Russes, devenu iconique grâce à la version de Maurice Béjart, le Boléro vu par Thierry Malandain est curieusement très contemporain, très terrien dans sa gestuelle, dépouillé de l’hyper-sensualité que la plupart des chorégraphes collent sur l’œuvre de Maurice Ravel. Pas de solistes mais douze danseurs évoluant dans un cadre restreint délimité par 4 murs transparents sur une chorégraphie évoluant de l’enfermement à la libération. Ce dispositif  limite  l’élan d’une partition qui appelle naturellement l’expansion.

Avec la dernière pièce Minuit et demi ou le Cœur Mystérieux, on retrouve une chorégraphie empreinte de lyrisme qui nous emmène sur les traces des poètes mis en musique par Saint-Saëns : Victor Hugo, Armand Renaud et Pierre Aguétant. Au fil des ensembles, pas de deux et trois, une bouffée d’optimisme traverse la scène et gagne peu à peu le spectateur. Dans un paysage chorégraphique souvent fasciné par l’objet scénique, les collaborations de prestige et la surenchère visuelle, Thierry Malandain nous démontre que la danse et la musique peuvent encore se suffire à elles seules. De cette sobriété naît une forme de sérénité devenue rare. À l’issue de la soirée, on quitte le théâtre moins impressionné qu’apaisé, comme si la danse avait retrouvé sa vocation première : nous réconcilier, un instant, avec le monde.

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