Les Etés de la Danse ont une configuration inhabituelle cette année avec une programmation resserrée dans le temps, sur 2 semaines seulement, organisée en deux parties, avec pas moins de 5 compagnies invitées (4 compagnies américaines et 1 compagnie russe). Le premier chapitre de cette manifestation estivale, délocalisée du Châtelet à la Seine Musicale, s’ouvre avec un Hommage à Jerome Robbins à l’occasion du centenaire de la naissance du chorégraphe américain : le programme du 25  juin réunissait le New York City Ballet, la compagnie à laquelle la carrière de Robbins est intimement liée, et le Joffrey Ballet, compagnie de Chicago, que le grand public a pu apprécier, dans la séquence introductive du film Coco et Igor, dans une reconstitution du Sacre du Printemps.

La soirée mixe habilement des pièces pour solistes, plus introspectives, d’inspiration européennes, dévolues au New York City Ballet, Dances at a Gathering et A Suite of Dances, et des pièces d’ensembles pour le Joffrey Ballet, très américaines, où s’exprime aussi le grand chorégraphe de musicals, Interplay et Glass Pieces.

Dances at a Gathering

Dances at a Gathering est le chef-d’œuvre de la soirée, surtout, lorsque sur le plateau, on retrouve une pléiade de principals du New York City Ballet, pour lesquels le style Robbins est inné. Voir danser Dances at a Gathering par la compagnie new-yorkaise, c’est un peu comme voir le Lac des Cygnes au Mariinsky. J’ai eu comme l’impression de redécouvrir ce ballet, pourtant vu et apprécié à l’Opéra de Paris. On va au-delà du ballet semi-abstrait atmosphérique porté par les pièces pour piano de Chopin qui enchante par la poésie de l’enchaînement 1 heure durant des solos, pas de deux, trios, sextets, le bon goût des tenues de couleurs pastel et une discrète revisite du vocabulaire de la danse classique. Ici, il y a aussi des cœurs qui battent sur scène : les 10 solistes (5 ballerines et 5 danseurs) sont tous merveilleux, avec une mention spéciale pour Sara Mearns (en mauve), la star féminine de la compagnie, et Joaquin de Luz (en brun), à quelques mois de sa retraite.

Si Dances at a Gathering est un plaisir d’amoureux de la danse, qui peut déconcerter le spectateur occasionnel (quelques réflexions entendues à l’entracte montrait la perplexité de certains devant ce ballet qui n’est pas un « vrai » ballet classique), Interplay est une œuvre jazzy, très entraînante, qui ne semble pas avoir été créée 24 ans avant Dances at a Gathering (1945 contre 1969) et qui préfigure les « battles » entre Jets et Sharks de West Side Story.

Interplay

Retour à l’Europe classique avec les six Suites pour Violoncelle de Bach qui inspirèrent en 1994 à Robbins une courte pièce créée par Mikhaïl Baryshnikov. L’association de Robbins à Bach ne fonctionne décidément pas pour moi : je trouve les Variations Goldberg interminables, et je ne suis pas rentrée du tout dans cette Suite of Dances, la faute peut-être à la salle trop grande et à la difficulté pour le soliste Anthony Huxley, en étant un simple point  sur scène, de communiquer une émotion au-delà de la deuxième moitié de la salle.

Glass Pieces conclut en beauté cette riche soirée avec son esthétique 80’s et son énergie urbaine euphorisante, portés par des extraits de Philip Glass (dont la surutilisation par les chorégraphes néo-classique peut par ailleurs s’avérer assez énervante). Sur un fond quadrillé qui n’est pas sans rappeler le visuel des génériques de Saul Bass (qui a collaboré avec Robbins sur West Side Story), se croisent les danseurs à différentes moments de la journée : la diversité des physiques et des origines des danseurs du Joffrey Ballet se prête particulièrement à la représentation d’une grande métropole cosmopolite. Au fil des tableaux, on reconnaît le début d’une journée de travail dans le quartier des affaires ou encore un premier rendez-vous. A l’insouciance des jeunes gens de Dances at a Gathering au début de la soirée a fait place le stress et la solitude (paradoxale au milieu de la foule) de la vie citadine, traduits par une gestuelle plus heurtée.

Glass Pieces

Rendez-vous dans deux semaines pour le deuxième chapitre et la conclusion des Etés de la Danse avec le Pacific Northwest Ballet Seattle pour un programme réunissant notamment Christopher Wheeldon et Crystal Pite.

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