Le British Colombia Ballet au Théâtre des Champs Elysées

26/04/26 | Compte-rendus | 0 commentaires

Crystal Pite est à présent incontournable dans les saisons du Théâtre des Champs-Elysées. Cette année, c’est dans les valises du British Colombia Ballet que la chorégraphe canadienne amène une création récente Frontier, enfin pas totalement récente car il s’agit d’une nouvelle version d’une oeuvre de 2008. Pas de thématique politique ou écologique cette fois, mais Crystal Pite explore la psychologie humaine, le territoire de la santé mentale.

Frontier

La première partie est fascinante. La salle est plongée dans l’obscurité complète, on devine des silhouettes vêtues de combinaisons intégrales en pilou noir. A l’avant-scène, une jeune femme en blanc semble être dans un état de semi-conscience: elle est aux prises avec une des ombres dans un pas de deux caractéristique du style de Crystal Pite, une danse ancrée dans le sol, avec des mouvements empruntés aux arts martiaux. D’autres silhouettes en blancs (en solo ou en duo) vont se succéder toujours en partenariat avec les ombres. L’interaction est plus ou moins apaisée, on oscille entre rêve, cauchemar voire séquence horrifique. C’est visuellement très surprenant avec ces formes blanches qui semblent voler sur le fond noir de la scène.

Puis les ombres gagnent la partie pour une deuxième séquence qui fait la part belle aux ensembles presque militaires dont la chorégraphe semble friande. Personnellement, je suis moins séduite par ce volet, où l’on ne voit plus grand chose (noir, c’est noir) et où la personnalité des danseurs s’efface dans une chorégraphie grandiloquente, amplifiée par les nappes de chœurs d’Eric Whitacre.

On reste dans un registre contemplatif quoique plus apaisé avec Silent Tides chorégraphié par l’actuel directeur de la compagnie, le Français Mehdi Walerski passé par le Nederlands Dance Theater. On reconnaît l’ADN de la compagnie et l’influence des grands chorégraphes de cette maison dans ce duo femme-homme, pantalons blancs, poitrines dénudées pour tous les deux, avec pour unique artifice une néon blanc sur fond noir qui dessine une fine raie lumineuse sur toute la largeur de la scène, qui monte et descend au gré des vagues de la musique (d’abord plutôt électronique et planante, puis Jean-Sébastien Bach dans la 2ème partie). C’est beau mais pour moi cela dégage assez peu d’émotion.

La dernière partie du programme permet de découvrir Passing d’un des chorégraphes que tout le monde s’arrache, Johan Inger, autre transfuge du Nederlands Dance Theater. Passing explore les âges de la vie. Tout commence par un couple qui disperse ce que l’on imagine être des cendres au sol, peut-être les cendres de parents décédés. Puis, nous voilà ramenés aux origines, à l’histoire d’amour de ces parents, puis à celle de leur nombreuse descendance, de la naissance, en passant par l’enfance, l’adolescence, les petits déboires de la vie et l’entrée dans le monde du travail, dans une vie d’adulte qui fait sortir du cocon familial. Et tout à coup, dans cet univers du quotidien plutôt coloré, surgit un couple vêtu de combinaisons chaires, tels des Adam et Eve modernes et petit à petit l’ensemble des danseurs se dévêt et revient à l’état de nature. Si Crystal Pite est la chorégraphe de mondes alternatifs et supranaturels, Johan Inger est le chorégraphe de l’ici et du maintenant, ancré dans l’observation poétique du réel. Il y a un peu de Mats Ek chez le Suédois, avec une danse plus lyrique, plus inspirée par la danse classique.

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