Pour l’édition 2026 du Spectacle de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris, la directrice de l’Ecole, Elisabeth Platel a choisi deux œuvres emblématiques du répertoire, un petit bijou de la danse académique, Soir de Fête (1925) de Léo Staats et Yondering (1996),une pièce merveilleusement poétique de John Neumeier, pour encadrer une création ambitieuse de Clairemarie Osta sur le thème du Petit Prince de Saint-Exupéry.

Léo Staats, qui fut Premier Maître de Ballet de l’Opéra à deux reprises dans le premier quart du vingtième siècle, crée avec Soir de Fête un vibrant hommage à la « grande école française » et à un des compositeurs phares du ballet romantique, Léo Delibes, dont il utilise les extraits de la Source. Avec cette chorégraphie sans véritable intrigue, si ce n’est l’évocation d’un bal dans la haute société dans un cadre Second Empire, Léo Staats préfigure de plus de 10 ans des œuvres de Balanchine telles que Ballet Impérial ou le Palais de Cristal auxquelles la structure de Soir de Fête fait immanquablement penser. La soliste féminine du soir, Ekaterina Bréau, a dansé crânement sa partition, et, en dépit d’une fébrilité assez compréhensible sur sa variation individuelle, Sacha Alié, s’est montré un partenaire fiable et attentionné. On repère également, dans le trio masculin, Shaun Blondel, qui a déjà une très belle présence. Enfin, on est séduit par l’harmonie du corps de ballet féminin. On peut néanmoins se poser la question de pourquoi cantonner désormais cette œuvre à l’Ecole de Danse, car des danseurs en pleine maîtrise de leurs moyens techniques et artistiques donneraient un supplément d’âme à cette chorégraphie, nécessitant musicalité, virtuosité et une grande vitesse d’exécution.


La création du Petit Prince constituait l’événement de la soirée et signait un double retour dans la grande maison, d’abord, celui de Clairemarie Osta, que l’on n’attendait pas forcément avec une casquette de chorégraphe, et également celui de Mathieu Ganio,un an après ses adieux à la scène, dans le rôle de l’aviateur. Après une aventure professionnelle au Royal Swedish Ballet aux côtés de son mari Nicolas le Riche, Clairemarie Osta poursuit désormais une carrière de pédagogue et de directrice artistique. Je trouve que cette production du Petit Prince est à l’image de la danseuse qu’elle a été, pleine d’humilité, subtile et poétique. L’univers du Petit Prince est bien là, respecté avec des décors ingénieux et de jolis costumes qui rappellent les illustrations originales de Saint-Exupéry, le tout mis en musique par une composition du Suédois Simon Bång aux accents très cinématographiques. L’introduction fait son petit effet avec l’apparition de l’aviateur naufragé dans le désert : Mathieu Ganio n’a rien perdu de son magnétisme et, le temps d’une arabesque, sont conviées des images de ses plus grands rôles. Le jeune Marcel Sardà Masriera est très expressif et émouvant dans le rôle du Petit Prince, et son pas de deux avec la Rose, Cassandre Faugas, est l’instant suspendu de la soirée. Alors trente minutes, c’est peut -être un peu court pour rendre complétement le Petit Prince, mais je trouve le pari plutôt réussi et ce ballet permet de mettre en lumière les qualités d’interprétation des jeunes danseurs. La galerie de personnages qui croisent le chemin du Petit Prince n’est pas sans rappeler la petite troupe des Forains de Roland Petit, qui est peut-être la référence chorégraphique de Clairemarie Osta. On espère que cette création pourra être reprise rapidement pour se bonifier, au-delà des quelques représentations du Spectacle de l’Ecole de Danse.


La soirée se poursuit sous le signe de la poésie et d’une douce nostalgie avec Yondering, pièce incontournable du répertoire des Ecoles de Danse dans le monde entier. La chorégraphie de John Neumeier est tout simplement magique et l’on admire le naturel avec lequel les jeunes artistes s’approprient ces chansons classiques de l’Ouest américain pour évoquer les jeux de l’adolescence, les premiers amours, le départ pour l’armée ou tout simplement le passage à l’âge adulte. Coup de cœur en particulier pour le poignant Beautiful Dreamer chorégraphié pour un trio (Ilyane Bel-Lahsen, Benjamin Imerovski, Prune Kaufmann) qui convie le souvenir de l’un des plus beaux passages d’une autre œuvre de Neumeier, la 3ème Symphonie de Mahler dans sa construction. On notera également une danseuse à surveiller, Inès Briki, qui illumine les passages où elle apparaît. Yondering est le ballet où le talent des danseurs trouve le mieux à s’exprimer, confirmant à la fois l’internationalisation de la danse, et le passage au second plan des spécificités de styles nationaux, et le prisme néo-classique pris par l’ensemble de la compagnie parisienne.

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