Rain – Anne Teresa De Keersmaeker (matinée du 25 octobre)

Avant le marathon de fin d’année, très classique cette année, le Palais Garnier accueille Rain, une pièce d’Anne Teresa De Keersmaeker, figure majeure de la danse contemporaine, où s’illustrent en alternance deux groupes de dix danseurs. Comme c’était le cas avec Pina Bausch, Anne Teresa De Keersmaeker n’a jamais confié une des ses œuvres à une autre troupe que la sienne. Un documentaire retraçant la création de la pièce à l’Opéra de Paris en 2011 nous donnait un aperçu des difficultés de la chorégraphe belge et ses assistants à  s’intégrer dans l’univers ultra-codifié et hiérarchisé du Ballet de l’Opéra de Paris, et également les problèmes d’assimilation de la chorégraphie par les danseurs parisiens.

Même si, pour Rain, Anne Teresa De Keersmaeker s’inspire du roman éponyme de l’écrivaine néo-zélandaise  Kirsty Gunn traitant de l’adolescence et de la perte de l’innocence, la pièce n’est absolument pas narrative. Dans une sorte de Dances at a Gathering  New Age, sept danseuses et trois danseurs évoluent pendant  1 heure sans interruption au sein d’un espace scénique circulaire délimité par des cordes figurant comme un rideau de pluie et au sol marqué de formes géométriques au son de la musique minimaliste et entêtante de Steve Reich (Music for Eighteen Musicians). Les costumes d’une sobriété très chic sont signés du couturier Dries Van Noten.

La scénographie épurée signée Jan Versweyveld

La scénographie épurée signée Jan Versweyveld

En ce samedi après-midi, le public est clairesemé en dépit d’une tarification plus légère. Il règne une atmosphère de douce torpeur dans le théâtre. On est comme hors du temps, les jeux de lumière nous font glisser progressivement du monde réel vers une sorte de Jardin d’Eden mystérieux. On est frappé par la beauté visuelle de l’ensemble, une beauté générée par la fluidité du mouvement « perpétuel » des danseurs et leur recherche des limites de la gravité.

Vincent Chaillet, Nicolas Paul et Muriel Zusperreguy

Vincent Chaillet, Nicolas Paul et Muriel Zusperreguy

On retrouve  avec plaisir des habitués du registre contemporain : Vincent Chaillet, Christelle Granier, Daniel Stokes. Sae Eun Park s’avère surprenante, loin de son image de bête de concours.

Jeux d'ombre

Mais le plateau est dominé par deux danseurs, Nicolas Paul et Léonore Baulac car ils réussissent à faire passer du sens et de l’émotion dans ce qui ne semble être que de la danse pure. Ce sont leurs performances ainsi que la fascinante composition de Steve Reich interprétée par l’ensemble Ictus qui ont réussi à soutenir mon attention et m’ont aidée à surmonter le caractère un peu répétitif et la longueur de la pièce.

J’ai particulièrement apprécié la prestation de Nicolas Paul : le danseur-chorégraphe apparaît ici totalement dans son élément, et ses mouvements précis dégagent une grande force et un certain magnétisme.

Amélie Lamoureux, Laura Bachman et Léonore Baulac

Amélie Lamoureux, Laura Bachman et Léonore Baulac

Dans le film documentaire, la caméra s’attachait  à suivre Léonore Baulac, dans ce qui était pour elle son premier rôle de soliste, matérialisant ainsi le coup de foudre artistique de la chorégraphe pour la danseuse. La jeune danseuse, même si elle est encore en bout de ligne pour les saluts (grade de coryphée oblige), est en effet la protagoniste centrale de la pièce. Si l’on voulait à tout prix trouver un fil narratif au ballet, on pourrait imaginer que tout ce qui se déroule sur scène fait partie d’un rêve de la jeune fille. Léonore Baulac aimante en tout cas le regard du spectateur, à la fois lumineuse et fragile, et sa connexion avec les autres danseurs est remarquable. C’est sans aucun doute, parmi les jeunes talents de l’Opéra, la danseuse qui fait preuve de la plus belle sensibilité artistique.On a hâte de la découvrir en Clara dans Casse-Noisette cet hiver.

Rain a été filmé et sera diffusé sur Arte Concert à partir du 4 novembre 2014.

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