Le Parc – Ciaravola / Paquette (8 décembre)

La danse contemporaine à l’Opéra, cela peut parfois relever de l’installation artistique absconse (le dernier opus de Teshigawara), du concept radical (Trisha Brown) ou de l’évènement chic et choc (le Boléro version Sidi Larbi Cherkaoui). Avec le Parc, Angelin Preljocaj a donné au Ballet de l’Opéra de Paris une œuvre destinée à s’inscrire durablement dans son répertoire (déjà 20 ans et 7 reprises), un ballet emblématique de la capacité de la troupe à s’illustrer dans le grand classicisme  comme dans  le contemporain et également un spectacle très accessible.

Sur un plan plus personnel, le Parc est le premier ballet « moderne » que j’ai vu, il y a environ 15 ans, et il a sans doute contribué à éveiller ma curiosité pour un répertoire moins classique.

D’ailleurs c’est intéressant d’établir un parallèle avec l’autre ballet de fin d’année, le classique absolu, la Belle au Bois Dormant. Deux visions du XVIIIème siècle à un siècle d’intervalle, la vision « rococo » du ballet de Petipa et la vision épurée de Preljocaj avec ses décors aux lignes géométriques rehaussés par la magnificience des costumes de théâtre. Dans la forêt du 2ème acte de la Belle, comme dans le Parc, des aristocrates s’adonnent aux passe-temps de leur caste : séduction, jeu de colin-maillard, … Ainsi le Prince de la Belle pourrait tout à fait s’inviter parmi les gentilhommes du Parc. Enfin, c’est un baiser qui est le nœud des deux intrigues: le baiser du prince Désiré à la princesse Aurore, symbole de la découverte de la féminité de la belle endormie, face au baiser « qui vole » des deux protagonistes du Parc, synonyme de l’abandon total à la passion charnelle.

Le couple vedette est incarné ce soir par Isabelle Ciaravola et Karl Paquette. Elle est exceptionnelle, pas seulement par sa danse, mais surtout par l’expressivité de son visage, dans le rôle de cette femme vertueuse qui décide de se donner à l’homme libertin. Lui, fidèle à sa personnalité solaire, est plus un Casanova qu’un Valmont torturé. Leur couple me semble ainsi mieux fonctionner dans la rencontre du 1er acte que dans la lutte de la passion contre la vertu ou dans l’abandon final. On n’atteint pas l’intensité que leur partenariat pouvait dégager dans la Dame aux Camélias.

La force de l’œuvre, ce sont aussi des tableaux d’ensemble bien pensés, visuellement frappants et non dénués d’humour, qui mettent en valeur le corps de ballet. On appréciera ainsi le jeu de chaises musicales du premier acte, les demoiselles étouffant dans leur robe à panier qui s’évanouissent une à une ou leurs évolutions dans le sous-bois en corset sur la Petite Musique de Nuit, le tout rythmé par l’apparition d’étranges jardiniers sur une musique industrielle, architectes de la Carte du Tendre revisitée mise en scène par Angelin Preljocaj.

Le Parc – Les Demoiselles

Le Parc – Les Messieurs

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