Germain Louvet, une nouvelle étoile masculine à l’Opéra

Il était grand temps de nommer une nouvelle étoile masculine à l’Opéra de Paris. Voilà maintenant presque 5 ans que Josua Hoffalt a été promu. Sa partenaire ce soir-là se nommait Aurélie Dupont. Le soir du 28 décembre c’est en tant que Directrice de la Danse qu’elle était présente sur le plateau pour introniser comme nouveau prince parmi les princes Germain Louvet, à l’issue de sa deuxième représentation du Lac des Cygnes avec Ludmila Pagliero.

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Germain Louvet en répétition du Lac des Cygnes avec Léonore Baulac

Cette nomination, un peu comme celle de Laura Hecquet, première et unique étoile de Benjamin Millepied, apparaît comme surprenante au premier abord mais si l’on y réfléchit bien, indépendamment des qualités bien réelles de l’heureux élu, semble cohérente avec le parcours personnel d’Aurélie Dupont dans la compagnie et les éléments factuels de son premier trimestre de direction.

D’un point de vue purement quantitatif, il y avait un déséquilibre entre le nombre d’étoiles féminines (10 dont 9 opérationnelles, Émilie Cozette ayant disparu des distributions depuis fort longtemps) et le nombre d’étoiles masculines (7 dont 5 réellement présentes sur scène), un casse-tête pour composer des distributions de prestige sur les grands classiques. Pour les rôles de prince, on se retrouvait très vite cantonné à Mathias Heymann, Mathieu Ganio ou Josua Hoffalt, avec Karl Paquette pouvant encore vaillamment assurer. Bref, il était urgent de désigner le prince parfait, alliant une belle technique, des lignes élégantes et le brio de l’école française, et des prédispositions pour être un partenaire dévoué pour sa ballerine. François Alu, un danseur extraordinaire par ailleurs, ne coche pas forcément toutes ces cases et l’Opéra semble peiner à nourrir cet artiste.

Léonore Baulac et Germain Louvet

Souvenir de Noël 2014 et d’un premier grand rôle dans Casse-Noisette

Il y a un an, j’aurais donc misé, sans hésitation aucune, sur Hugo Marchand: il a incontestablement les qualités mentionnées ci-dessus et on peut penser que, si Benjamin Millepied, qui l’a révélé, était resté, il aurait été la nouvelle étoile masculine. C’est son camarade de promotion, Germain Louvet, qui l’a doublé. Comme Hugo Marchand, il s’est vu donner sa chance dans Casse-Noisette par Benjamin Millepied à l’hiver 2014. Alors qu’il venait de passer sujet au concours, il a eu l’opportunité d’aborder son premier grand rôle avec Léonore Baulac, un défi réussi avec en particulier un très beau travail sur les pas de deux. J’avoue néanmoins avoir été davantage impressionnée par le charisme et la présence scénique d’Hugo Marchand qui a véritablement explosé en 2015 – 2016. Germain Louvet reste, quant à lui, plus discret au sein de la génération Millepied: il en fait partie mais sans en être un des fers de lance. On le remarque finalement assez peu dans Clear, Loud, Bright, Forward, mais l’on se se souvient de lui dans AndréAuria d’Edouard Lock ou dans une répétition publique de Paquita avec Myriam Ould-BrahamPierre Lacotte se montre très élogieux à son égard.

18-04-2015 Paquita Myriam Ould-Braham et Germain Louvet

Germain Louvet en répétition de Paquita avec Myriam-Ould Braham

Cette relative discrétion ne l’empêche pas de décrocher la saison dernière des représentations du Roméo et Juliette de Noureev toujours avec Léonore Baulac, l’occasion de montrer à la direction que l’on peut compter sur lui avec une prise de rôle anticipée suite à des blessures chez les autres couples. Dans le Pas des Vendangeurs de Giselle, il était assez intéressant de comparer la différence de style avec le phénomène François Alu. D’un côté, délicatesse et retenue, presque un modèle académique, de l’autre, une danse plus explosive et athlétique qui déclenche davantage l’enthousiasme du public mais a peut-être moins la cote avec les maîtres de ballet et avec ceux qui doivent partager la scène avec lui et se trouvent de fait éclipsés.

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Germain Louvet en répétition de Roméo et Juliette avec Léonore Baulac

Pour l’entame de la saison 2016-2017, on découvre un Germain Louvet plus sûr de lui et de sa technique, qui danse plus grand, qui saute plus haut. L’association avec Ludmila Pagliero dans la création de William Forsythe, Blake Works I, inaugurée en fin de saison précédente, est encore peaufinée. Dans le programme Balanchine, j’ai pu apprécier l’élégance et les lignes parfaites du danseur qui n’avait pas à rougir de la comparaison avec Mathieu Ganio dans le 1er mouvement du Brahms-Schoenberg Quartet, une nouvelle fois accompagné de Léonore Baulac. Le concours de promotion est brillamment réussi avec l’accession à l’unique poste de premier danseur au 1er janvier 2017, un poste qu’il n’occupera jamais après cette nomination express au titre d’étoile.

Blake Works 1

Blake Works 1

Le choix d’Aurélie Dupont s’inscrit dans la continuité des promotions du concours avec la mise en avant de profils jeunes avant tout classiques, que certains pourraient estimer lisses et malléables, un choix qui laisse augurer une programmation plus classique. Elle a souvent dit combien Hervé Moreau était un partenaire qui avait compté pour elle, et Germain Louvet est de cette trempe là. Il se voit offrir la formidable opportunité, si son physique ne le trahit pas, d’une vingtaine d’années au sommet pour épanouir une personnalité artistique que nous n’avons encore qu’entrevue.

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