Concours Annuel du Corps de Ballet de l’Opéra – Femmes (6 décembre)

L’arrivée de Benjamin Millepied suscitait pas mal d’interrogations sur le devenir du concours de promotion. Sans révolutionner la tradition, la cuvée 2014 porte déjà la marque de la nouvelle direction. Fini la petite clochette au tintement anxiogène pour l’appel des candidats, remplacée par un signal lumineux. Le jury présidé par le Directeur de l’Opéra, Stéphane Lissner, en personne a pris un coup de jeune et l’accent américain avec, en tant que personnalités  invitées, deux étoiles de compagnies américaines, Maria Kochetkova (San Francisco Ballet) et Ethan Stiefel (American Ballet Theatre). Enfin, le directeur et son jury n’ont pas hésité à ne pas pourvoir l’ensemble des postes disponibles (notamment le très convoité poste de premier danseur), rompant avec une certaine tradition d’avancement au mérite et à l’ancienneté.

Le concours des hommes mercredi a promu des danseurs qui s’étaient déjà illustrés sur scène cette année: Florent Melac et Antoine Kirscher, promus au rang de coryphées, étaient apparus lors de la soirée Jeunes Danseurs dans un extrait de la Source, tandis que les nouveaux sujets, Germain Louvet et Hugo Marchand, viennent tout juste de faire des prises de rôles remarqués en princes du Casse-Noisette de fin d’année.

Ce samedi était réservé au concours des femmes qui suscite toujours davantage les passions.

Direction le “paradis” du palais Garnier pour une des expériences les plus étonnantes du spectateur de danse, au milieu de critiques très avisées et à l’oeil très sûr, les petites élèves d’écoles de danse de la région parisienne.

Classe des Quadrilles

5 postes de coryphées sont à pourvoir. C’est parti pour 18 variations de la 1ère danseuse du pas de trois de l’acte I du Lac des Cygnes.

 

Difficile de départager les candidates sur cette variation imposée. Personnellement, je retiendrais les prestations d’Alice Catonnet , à la danse légère et ciselée, et de Camille de Bellefon, dotée d’une belle autorité sur scène et d’une jolie vitesse d’exécution. Roxane Stojanov utilise également très bien l’espace scénique.

Avec les variations libres, nous découvrons la tendance de l’année, un peu opportuniste (?): les chorégraphes américains et notamment Jérôme Robbins, le mentor de Benjamin Millepied, ont été plébiscités. Camille de Bellefon affirme sa personnalité et sa maturité artistique avec AREPO de Béjart. Alice Catonnet reste avec succès dans un registre classique sur le Grand Pas Classique de Victor Gsovsky.

Et voilà le classement :

Quadrilles Femmes:

1. Ida Vikiinkoski……….Promue

2. Jennifer Visocchi …..Promue

Le choix de Robbins et de la variation du Printemps a été payant pour Ida Vikiinkoski, jeune danseuse finlandaise passée par l’Ecole de Danse et qui a intégré le corps de ballet cet été. Jennifer Visocchi a proposé un libre qui tranchait avec le sérieux ambiant, le Grand Pas à la fois explosif et désinvolte de Twyla Tharp. Elle avait déjà fait preuve d’un beau tempérament artistique lors du concours précédent avec une Esmaralda interprétée avec conviction, qui nous sortait du cadre strict du concours.

Jennifer Visocchi avec Cyril Chokroun et Antonio Conforti

Jennifer Visocchi lors de la soirée Jeunes Danseurs en 2014

3 postes ne sont donc pas pourvus: dommage pour les nombreuses candidates qui n’avaient pas démérité. Cela traduit sans doute une volonté de sortir d’une logique de fonctionnariat (non, les promotions ne sont pas automatiques) et de pousser les danseurs en dehors de leur zone de confort.

Classe des Coryphées

La variation de Gamzatti (La Bayadère) choisie pour l’imposé a posé pas mal de problèmes aux jeunes femmes. Rares sont celles qui s’en sont sorties sans accroc.

 

En particulier, Hannah O’Neill (récente médaillé d’argent à Varna) a failli sur la diagonale de ballonnés alors que jusque là elle dansait avec majesté cette variation, un ton au dessus de ses camarades. De même, Juliette Hilaire avait plutôt bien démarré, mais s’est laissée déstabiliser par une erreur à mi-parcours. A ce petit jeu, Léonore Baulac, Laurène Levy, Marion Barbeau, Aubane Philbert et Letizia Galloni s’en sortent bien, livrant des variations propres, mais sans véritable travail d’interprétation.

Mathieu Contat et Hannah O'Neill

Mathieu Contat et Hannah O’Neill

Sur le libre, Hannah O’Neill est magnifique dans la Nuit de Walpurgis de Balanchine, le premier grand moment de danse de la journée. C’est remarquable de ne pas s’être laissée décourager par l’imposé. J’ai beaucoup aimé également le talent d’Aubane Philbert pour nous faire vivre la mort de Nikya dans la Bayadère, ainsi que le passage de Marion Barbeau sur Bhakti III de Béjart.

Et voilà le classement :

Coryphées Femmes:

1. Léonore Baulac……….Promue

2. Hannah O’Neill…………Promue

3. Letizia Galloni

4. Laurène Lévy

5. Fanny Gorse

6. Marion Barbeau

Leonore Baulac et Marc Moreau

Leonore Baulac et Marc Moreau

La logique des récentes distributions et des prestations sur scène est respectée. Léonore Baulac est promue en ayant livré un concours solide sans être exceptionnel : on sent en tout cas une toute nouvelle assurance chez elle. Hannah O’Neill n’a pas été distribuée dans des rôles aussi marquants que Léonore Baulac cette année, mais là aussi, son talent est évident et sans l’accroc sur son imposé, elle aurait pu prétendre à la première place.

Classe des Sujets

Place enfin à la classe reine. L’année dernière, la lutte du trio Albisson – Bourdon – Hecquet avait été intense pour l’unique poste de première danseuse et c’est Amandine Albisson qui l’avait emporté, avant une nomination express d’étoile. Aujourd’hui, à nouveau, trois danseuses se dégagent pour un poste, avec dans le rôle du troisième larron, Sae Eun Park.

Sur la variation imposée, variation du Cygne Noir du Lac des Cygnes, c’est Laura Hecquet qui éblouit par la pureté de sa danse, et aussi par la qualité de son interprétation, plus mature, plus vénéneuse, même si Héloïse Bourdon livre elle aussi une prestation de très haut niveau. Héloïse Bourdon va vraiment étonner sur son libre, variation de l’Ombre des Mirages de Lifar: elle, parfois qualifiée de scolaire, réalise un petit chef d’oeuvre d’émotion qui nous transporte ailleurs pendant quelques minutes, le plus bel instant de danse de la journée. Laura Hecquet danse avec style et élégance la variation de l’Automne de Robbins.

Laura Hecquet et Audric Bezard

Laura Hecquet et Audric Bezard dans la Belle au Bois Dormant

Sae Eun Park est brillante techniquement, tant sur son imposé que sur le libre (la mort de Nikya), mais il lui manque encore un petit supplément d’âme (que des rôles un peu plus conséquents devraient lui permettre d’acquérir).

Enfin, Charline Giezendanner, moins à l’aise avec le Cygne Noir (assez éloigné de son tempérament), est délicieuse dans son libre, extrait de Clavigo de Roland Petit.

Et voilà le classement :

Sujets Femmes

1.Laura Hecquet ……….Promue

2.Héloïse Bourdon

3.Sae Eun Park

4.Caroline Robert

5.Marine Ganio

6.Charline Giezendanner

Ce sera un plaisir de voir Laura Hecquet distribuée dans les rôles de soliste que son talent mérite. Déception pour Héloïse Bourdon (éblouissante cet automne dans Etudes) dont la grâce et la technique devraient être sur le devant de la scène. Il n’y avait malheureusement qu’une place.

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