Soirée Jerome Robbins – Alexei Ratmansky (19 juin)

Les distributions de la soirée du 19 juin 2014

Difficile de trouver un fil conducteur à ce programme constitué de Dances at a Gathering de Jerome Robbins et de la reprise de Psyché, création d’Alexei Ratmansky sur le poème symphonique de César Franck si ce n’est peut-être la qualité « joyeuse » de ces chorégraphies, hymnes à la jeunesse et à l’amour.

Le Défilé du Ballet

Le Défilé du Ballet

Introduite le 19 juin par le défilé du ballet (le dernier pour Nicolas Le Riche), dotée de belles distributions, c’est une soirée de début d’été très agréable pour l’amateur de ballet et sans doute un très beau souvenir pour les touristes très nombreux dans la salle du Palais Garnier.

Eleonora Abbagnato entourée de Stéphane Bullion et Jérémie Bélingard

Eleonora Abbagnato entourée de Stéphane Bullion et Jérémie Bélingard

Dances at a Gathering s’appuie sur des pièces de Chopin pour recréer l’atmosphère romantique d’un soir d’été à la campagne. 5 danseuses et 5 danseurs dans de sobres tenues de couleurs pastel (robes vaporeuses pour elles, chemises, collants et bottes pour lui) se croisent sur scène pendant 1heure dans une succession de solos, pas de deux, trios, sextets qui pourront évoquer pour le spectateur les humeurs changeantes de la jeunesse : solitude, amitié, malice, amour … Le style classique « européen » est dynamisé par  une énergie très américaine dans la gestuelle et les portés ainsi que l’injection de petits détails prosaïques dans la chorégraphie.  Dans une distribution prestigieuse (6 étoiles sur scène), Mathieu Ganio est envoûtant dans les solos du contemplatif jeune homme en brun. Karl Paquette, décidément très en forme cette saison, est un jeune homme en violet solaire qui nous offre de magnifiques adages avec Ludmila Pagliero (en rose) toujours aussi aérienne. Nolwenn Daniel (en jaune) et Emmanuel Thibault (en rouge brique) sont également radieux dans ce registre.

Avec Psyché, Alexei Ratmansky a créé une sorte de pastiche de Ballet Russe. C’est intéressant de mettre en parallèle le Daphnis et Chloé de Benjamin Millepied et cette pièce s’appuyant elle-aussi sur une source littéraire gréco-latine (les Métamorphoses d’Apulée). Si le premier s’essaie à une approche narrative dans un cadre scénographique entièrement abstrait (la scénographie de Buren), Psyché assume totalement le côté « Contes et Légendes de l’Antiquité » avec ses décors peints de Karen Kilimnik (connue pour ses pastiches de toiles de maîtres et ses mises en scène de personnalités de la culture pop dans un univers féérique) et ses créatures surnaturelles costumées par Adeline André.

Décor de Psyché

Décor de Psyché

Psyché, victime de la jalousie de Vénus, est incarnée par Laetitia Pujol, un type de rôle qui sied bien à son tempérament dramatique. Son partenaire, Eros, le dieu de l’Amour, n’est ni étoile ni premier danseur (on se demande bien pourquoi aucun des danseurs qui ont dansé le ballet en 2011 ne figure dans les distributions) : il s’agit de Marc Moreau, qui bénéficie en ce moment d’une belle exposition. Je l’ai trouvé beaucoup plus à son aise que dans Daphnis et Chloé, avec une entrée en scène pleine d’assurance où il mime Eros transperçant des ses flèches ses comparses, et son association avec Laetitia Pujol fonctionne très bien esthétiquement, dramatiquement et techniquement dans les pas de deux complexes concoctés par Alexei Ratmansky.

Laetitia Pujol et Marc Moreau

Laetitia Pujol et Marc Moreau

 

Alice Renavand est une Vénus tour à tour majestueuse, menaçante puis magnanime. On apprécie également les passages très techniques et athlétiques qui mettent en valeur les ensembles masculins, alternant avec des moments plus poétiques voire cocasses (les deux méchantes sœurs de Psyché, les zéphirs parmi lesquels on remarque Simon Valastro). Certains pourront trouver la proposition de Ratmansky mièvre et kitsch, pour ma part, j’ai apprécié cette douceur sucrée.

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