Notre Dame de Paris – Le Riche / Abbagnato / Hoffalt (30 juin)

Notre Dame de Paris, c’est un ballet « hollywoodien » à grand spectacle avec un corps de ballet imposant, quatre grands rôles de solistes, des décors monumentaux, la musique tonitruante de Maurice Jarre, le sens du visuel de Roland Petit et une grande histoire populaire.

Notre Dame de Paris - Les ensembles

Un Spartacus au Bolchoï, à peu près contemporain, qui utilise des ingrédients similaires en assumant totalement son côté péplum et excessif, a su rester enthousiasmant pour le spectateur moderne. On ne peut pas en dire autant de Notre Dame de Paris qui, en refusant le parti pris d’une reconstitution « réaliste» du Moyen-Age, est apparu lors de cette soirée de première extrêmement daté.

Le Procès d'Esmeralda

Le Procès d’Esmeralda

Dommage pour les danseurs et notamment pour Nicolas Le Riche dont c’est une des toutes dernières apparitions sur scène dans le rôle de Quasimodo. Ils réussissent grâce à leur engagement à faire oublier les lourds changements de décor qui cassent le rythme et nous font frémir pour leur intégrité physique, la musique pas toujours mélodieuse et surtout les costumes, improbable incursion des années 60 dans le Moyen-Age.

Le premier acte démarre fort avec un ensemble spectaculaire, « La fête des fous », où se démarquent dans le corps de ballet, Allister Madin et Cyril Mitilian, suivi de variations des trois solistes principaux. Leurs entrées respectives sont visuellement marquantes.

Frollo et Esmeralda

Frollo et Esmeralda

Josua Hoffalt livre une performance sidérante dans le rôle de Frollo : il restitue avec justesse le mental torturé du personnage et réalise des prouesses techniques avec une amplitude et une puissance dans les sauts qu’on ne lui connaissait pas forcément. Nicolas Le Riche arrive à nous faire croire qu’il est Quasimodo, créature monstrueuse, enfant blessé par la vie et serviteur dévoué de son maître Frollo, qui se découvre de nouveaux sentiments face à la sensualité d’Esmeralda : c’est avant tout une performance d’acteur car le premier acte offre peu de matière à danser pour Quasimodo. Eleonora Abbagnato, grande interprête de Roland Petit, apparaît quant à elle légèrement fébrile lors de ce premier acte, avec un déséquilibre à la fin de sa variation, puis lors du passage où poursuivie par Quasimodo dans la Cour des Miracles, elle semble craindre la chute dans dans un décor en pente semé de trous figurant un Paris médiéval inquiétant.

Florian Magnenet est Phoebus

Florian Magnenet est Phoebus

Le premier acte perd de son intensité au moment où surgissent Phoebus (plutôt bien dansé au demeurant par Florian Magnenet) et ses gardes : leurs tenues siglées Saint-Laurent (période Mondrian) évoquent les Power Rangers ou les Playmobil. On passera sur la teinture blond peroxydé qui ridiculise le pauvre Florian Magnenet, dénudé à la façon d’un meneur de revue dans le pas de trois Esmeralda – Phoebus – Frollo qui devrait être un sommet dramatique et dont on ne retient finalement que le côté racoleur de la chorégraphie.

Eleonora Abbagnato et Nicolas Le Riche

Les deux premiers tableaux du deuxième acte sont sans doute ce qui fait tout le prix de ce ballet, et qui lui vaut d’être toujours au répertoire de grands théâtres. Enfin, la musique s’appaise et devient plus mélodieuse rappelant les grands tubes de Maurice Jarre pour les sagas de David Lean, le décor des cloches de Notre Dame offre un cadre spectaculaire à des scènes plus intimistes, reposantes après les gesticulations du corps de ballet. La scène où Quasimodo se laisse bercer par les cloches et le pas de deux d’une infinie douceur qui réunit Quasimodo et Esmeralda nous emmènent sur le terrain de l’émotion, tout en offrant un écrin digne de leur talent à Nicolas Le Riche et Eleonora Abbagnato. Le final bruyant et brouillon avec l’attaque de la cathédrale et la fin tragique des protagonistes ternit cette belle impression.

Eleonora Abbagnato est Esmeralda

Eleonora Abbagnato est Esmeralda

Finalement, plus que l’aspect démodé de la production, le défaut de Notre Dame de Paris, c’est ce trop plein de musique, de décors, de costumes, de danseurs sur scènes qui fait que l’émotion peine à affleurer.

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