Le Parc – Ciaravola / Bullion (30 décembre)

Ce 30 décembre, la passion était au rendez-vous dans le Parc sur la scène de l’Opéra Garnier avec le duo exceptionnel formé par Isabelle Ciaravola et Stéphane Bullion, peut-être pour la dernière fois à l’Opéra à quelques jours des adieux d’Isabelle Ciaravola.

C’est curieux comme la perception que l’on a d’un spectacle tient à peu de choses : le 8 décembre, j’étais ressortie de l’opéra avec le sentiment d’avoir vu un ballet intelligemment construit et très bien dansé mais sans avoir été touchée, alors que la soirée du 30 décembre a été pour moi un des sommets de l’année en terme d’émotion pas très loin derrière les Dames au Camélias (Letestu-Bullion, Ciaravola- Paquette).

Isabelle Ciaravola et Stéphane Bullion

Dès l’entrée des protagonistes,  il se passe quelque chose, notamment au travers du subtil jeu de regards qui s’établit entre Isabelle Ciaravola et Stéphane Bullion. Lui, blasé des jeux de séduction auxquels se livrent ses camarades, nous apparaît comme frappé par l’amour au premier coup d’œil. Il cherche à attirer son attention, tandis qu’elle, très réservée par rapport à ses compagnes (s’agit-il de sa première incursion dans le parc ?), semble troublée par sa gravité et sa distance qui détonnent dans cet environnement joyeux et l’observe à la dérobée.  Avec un art consommé de la « chasse », il opère un rapprochement lors du jeu de chaises musicales, ce qui provoque le pas de deux de la Rencontre où deux conceptions de l’amour s’opposent : celle idéalisée de la jeune femme et celle du libertin. Au sortir de ce dialogue, l’homme semble quelque peu ébranlé dans ses convictions.

Après les amusements innocents du matin, les demoiselles  se réfugient dans une zone ombragée du parc pour échapper à la torpeur des heures du midi et pour échanger quelques confidences. Elles respirent difficilement dans leurs robes à panier, certaines d’entre elles défaillent : visuellement c’est très réussi avec les étoffes fleuris des magnifiques costumes d’Hervé Pierre qui s’étalent comme des corolles sur la scène. Il est temps d’abandonner ces lourds vêtements : les demoiselles se retouvent en jupon et corset blancs et dansent leur liberté de mouvement retrouvée dans le sous-bois. Seule Isabelle Ciaravola a conservé sa robe rouge vermillon pourvue d’une longue traîne : tout en elle respire la passion, mais elle la tient à distance.

La robe rouge

Les demoiselles sont rejointes par les messieurs, une partie de cache-cache s’improvise, des duos se forment, on fôlatre à l’abri des arbres. Le sous-bois a été abandonné par les couples, les jardiniers conduisent Isabelle Ciaravola les yeux bandés, simplement vêtue de son jupon et d’un corset lacé de rouge, à un rendez-vous avec l’homme. C’est le grand moment du ballet pour moi : face à la superbe tragédienne qu’est Isabelle Ciaravola, dont le cœur a déjà cédé, dont le corps est prêt à se rendre et que seule la raison retient de s’abandonner à l’homme, Stéphane Bullion découvre peu à peu les fêlures du séducteur. Ils nous font ressentir les fluctuations de leurs âmes jusqu’au point culminant où elle le repousse de petits coups de tête désespérés et le laisse seul sur scène.

Ultimes retrouvailles dans le Parc

Le soir est tombé sur le parc. C’est aussi le crépuscule pour les amours: les demoiselles pleurent sous le ciel étoilé leur vertu trop vite abandonnée. La vertueuse Isabelle Ciaravola est revenue sur sa décision : elle retrouve l’homme dans le parc. C’est l’abandon, d’autant plus total que la résistance a été forte.

Abandon

Le baiser qui vole

Souvenez-vous de Mme de Tourvel et de Valmont ou d’Anna Karénine et de Vronski. La puissance d’interprétation d’Isabelle Ciaravola et de Stéphane Bullion a réussi à nous emmener sur les traces de ces grandes histoires d’amour.

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