Le Bolchoï au cinéma – La Belle au Bois Dormant (22 janvier)

En 2011, la diffusion de spectacles vivants en direct au cinéma en était à ses balbutiements, et le Bolchoï lançait sa première saison avec Pathé Live, une saison où figurait la Belle au Bois Dormant, premier ballet dansé à la réouverture de la scène historique après sa restauration. Pour l’occasion, la production d’Iouri Grigorovitch datant de 1973 avait subi un sérieux relifting avec des décors majestueux et des costumes somptueux signés respectivement Ezio Frigerio et Franca Squarciapino qui ont également contribué à la production de Noureev actuellement au répertoire de l’Opéra de Paris. La distribution était superlative, destinée à séduire le public international, avec la reine des ballerines, Svetlana Zakharova, et David Hallberg, le prince des danseurs américains, invité à rejoindre le Bolchoï par le directeur de la troupe à l’époque, Sergei Filin.

Olga Smirnova - © Damir Yusupov 2017

Olga Smirnova – © Damir Yusupov 2017

Au fil des saisons, le concept du ballet en live s’est révélé un succès, et l’on peut dire que le Bolchoï a un peu éclipsé la concurrence de l’Opéra de Paris et du Royal Ballet, grâce à la qualité du répertoire proposé, des danseurs incroyablement cinégéniques en plus d’être de merveilleux techniciens, la force de frappe du réseau Pathé – Gaumont et des horaires plutôt pratiques le dimanche après-midi. Aujourd’hui, le diffuseur Pathé Live peut se permettre de prendre quelques risques sur la programmation en proposant des créations ou des ballets aux thèmes plus spécifiquement russes aux côtés des tubes du ballet classique. Enfin, cerise sur le gâteau pour l’amoureux du ballet, ces tubes du ballet classiques reviennent à présent avec de nouvelles captations et de nouveaux interprètes, nous permettant de suivre la vie de la troupe et ses évolutions.

Olga Smirnova et Semyon Chudin - La Vision - © Damir Yusupov 2017

Olga Smirnova et Semyon Chudin – La Vision – © Damir Yusupov 2017

C’est le cas avec la Belle en Bois Dormant en ce dimanche après-midi de janvier qui met en lumière Olga Smirnova, la dernière étoile nommée, et son prince, Semyon Chudin. Olga Smirnova est une incarnation de la ballerine idéale, avec une pointe de fragilité qui manque aujourd’hui, pour mon goût personnel, à Svetlana Zakharova et qui suscite l’empathie du spectateur. La jeune femme a un peu le trac à son entrée sur scène, qui coïncide avec l’entrée dans le monde d’Aurore, et il faut attendre la fin de l’adage à la rose pour la sentir pleinement sereine, alors que bien des danseuses se damneraient pour atteindre cette perfection dans l’exécution et l’intention. L’association avec Semyon Chudin est un enchantement, notamment dans le pas de deux de la vision où le romantisme des deux danseurs trouve son meilleur terrain d’expression. Semyon Chudin n’a pas vraiment le profil pour danser le répertoire héroïque du Bolchoï, il est plus de la famille des Mathias Heymann et des Mathieu Ganio. Cela tombe bien : Iouri Grigorovitch n’a pas transformé Désiré en héros soviétique, il a étoffé le rôle du prince, mais dans une moindre mesure par rapport à la version Noureev. Semyon Chudin offre un festival de très belle technique masculine, et de réceptions en cinquièmes parfaites.

Semyon Chudin - © Damir Yusupov 2017

Semyon Chudin – © Damir Yusupov 2017

Du côté des rôles « secondaires », Yulia Stepanova, transfuge du Mariinsky, est la Fée Lilas, le maître des cérémonies Catalabutte campé par Vitaly Biktimirov sait trouver le bon dosage entre la dignité de sa fonction et le ridicule qui n’est jamais bien loin. Le défilé des personnages de conte de fées est un enchantement avec un coup de cœur pour l’Oiseau Bleu virtuose de la petite batterie d’Artemy Belyakov. Je suis plus réservée sur Carabosse, joué dans la grande tradition en travesti par Alexei Loparevich : le personnage est trop « cartoonesque », on a connu Iouri Grigorovitch plus inspiré pour ses méchants. Il manque peut-être à cette production un peu de merveilleux dans les effets scéniques : les entrées de Carabosse et de ses sbires ne font assez peur, il y a eu des scénographies plus féériques pour le voyage en barque et le réveil, notamment dans la Belle remontée par Ratmansky pour l’American Ballet Theatre.

Quel plaisir en tout cas de voir une salle de cinéma pleine pour une œuvre qui n’est pas la plus facile du grand répertoire (je me dis toujours qu’elle est destinée au balletomane compulsif) et avec une  qualité du silence qui en dit long sur la capacité des artistes du Bolchoï à fasciner les spectateurs.

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