En répétition avec Crystal Pite (10 septembre)

Crystal Pite fait partie de la nouvelle génération de chorégraphes que s’arrachent les grandes compagnies internationales. Chorégraphe associée au Sadler’s Wells et au Nederlands Dans Theater (sans doute la meilleure compagnie du monde de danse contemporaine), elle a réussi à s’imposer dans une profession où il y a paradoxalement peu de place pour les femmes alors qu’elles sont omniprésentes dans les autres domaines de la danse. C’est tout à l’honneur de Benjamin Millepied d’avoir choisi la jeune chorégraphe canadienne pour une création en ouverture de sa saison 2016 – 2017 aux côtés de pièces d’un autre jeune talentueux, Justin Peck, et du monstre sacré, William Forsythe qui accessoirement est aussi le maître de la jeune femme puisque elle a dansé dans sa compagnie, le Ballet de Francfort.

Questions - Réponses avec Crystal Pite et son collaborateur Eric Beauchesne

Questions – Réponses avec Crystal Pite et son collaborateur Eric Beauchesne

A l’occasion de la première rencontre de la saison à l’Amphithéâtre Bastille, nous avons pu avoir un avant-goût de cette création qui utilisera 54 danseurs, chose plutôt rare pour une chorégraphie contemporaine comme le souligne Clotilde Vayer qui introduit la séance. Crystal Pite assistée de l’un de ses collaborateurs, Eric Beauchesne, a dirigé Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet dans la répétition de deux séquences très intenses d’une pièce The Seasons’ Canon dont l’architecture globale reste mystérieuse, chorégraphiée sur une recomposition des Quatres Saisons de Vivaldi par le compositeur Max Richter.

Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet

Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet

Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet ont déjà une bonne maîtrise de leur duo sur une revisite de l’Eté et il s’agit ici d’un travail de finitions sur la musicalité, l’interprétation et la qualité du mouvement. Crystal Pite est complètement dans sa bulle avec ses danseurs, un peu comme s’ils étaient dans l’intimité du studio. Il est toujours étonnant d’être témoin de la communication non verbale qui s’établit entre un chorégraphe et les danseurs dans le processus créatif, comment une indication laconique ou l’esquisse d’un mouvement sont traduites par les corps dansants. Comme l’explique Ludmila Pagliero à la fin de la séance, toute la difficulté consiste à conserver la connexion avec son partenaire tout en allant au bout de ses possibilités physiques. L’écriture de Crystal Pite apparaît ici d’une grande rigueur, irriguée par un certain classicisme technique même si la danseuse n’est pas sur pointes et des mouvements qui s’apparentent aux arts martiaux. On devine l’influence de Forsythe avec cette exploration des limites du corps, mais il y a aussi la touche féminine, un certain lyrisme dans les ports de bras de Ludmila Pagliero et un romantisme « moderne » dans les portés.

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Cet extrait laisse augurer une pièce pas trop ardue pour le spectateur entre le très dynamique In Creases de Justin Peck et l’électro-soul Blake Works I de William Forsythe, comme un hors d’œuvre euphorisant à la saison qui démarre.

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