C’est la Seine Musicale qui accueille cette année l’étape parisienne du Béjart Ballet Lausanne. Comme d’habitude, on est ébloui par l’excellence de la troupe avec une niveau d’une homogénéité exceptionnelle. Tous sont des solistes en puissance et à aucun moment on a l’impression d’assister à une représentation routinière de répertoire, alors qu’ils dansent ces chorégraphies à longueur d’année sur toutes les scènes du monde.

Le programme est roboratif avec Béjart et nous, un medley de différentes pièces, comme en gala, assemblées par Julien Favreau. On connaît la plupart de ces chorégraphies car elles font régulièrement partie des programmes de tournées. On retrouve ainsi ce qui fait l’ADN de Béjart, ce syncrétisme entre la culture classique du ballet et les cultures du mondes, voire la pop culture. Le duo d’Héliogabale mêle ainsi inspiration tribale et technique néo-classique, Dibouk est une variation poétique sur les danses traditionnelles juives, les 7 Danses Grecques se réapproprient le folklore grecque au son des compositions entêtantes de Míkis Theodorákis. Le Tango de Faust est une duo masculin saisissant, dans la lignée du Chant du Compagnon Errant. Les extraits de Wien, Wien, nur du Allein avec leur classicisme désabusé renvoient à l’épicentre de la « grande » musique européenne, tandis que Messe pour le Temps Présent avec sa jeunesse rayonnante en jeans-baskets est un mélange détonnant où la rigueur chorégraphique des ensembles entre en collision avec les cultures urbaines naissantes.
La deuxième partie permet de voir ou de revoir deux classiques incontournables: l’Oiseau de Feu et le Boléro.


J’avoue avoir redécouvert l’Oiseau de Feu avec un œil neuf. Cette pièce qui est très connotée années 70 quand elle est reprise à l’Opéra m’est apparue d’une grande modernité interprétée par les danseurs du Béjart Ballet. Crystal Pite n’était pas très loin. La symbolique du ballet résonne tout particulièrement : quoi de plus actuel finalement que cette vision de l’humain qui parvient à renaître en dépit des contraintes et des aliénations de la société . Le soliste qui incarne l’Oiseau, Hideo Kishimoto, est particulièrement brillant et, même dans les derniers rangs de l’immense vaisseau de la Seine Musicale, cela reste très impressionnant à voir, avec un beau travail sur les éclairages.



Puis, c’est au tour de la table rouge du Boléro d’être installée et à l’ensemble du corps de ballet masculin de prendre place avec leurs chaises pour le rituel immuable qui a scellé la place de Béjart au Panthéon des chorégraphes. Pour cette dernière représentation à Paris, c’est l’Américaine Kathleen Thielhelm qui est la Mélodie. J’ai trouvé ces 16 minutes moins envoûtantes qu’à l’habitude, mais cela n’en reste pas moins un très beau moment de danse. Rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine et les 100 ans de la naissance de Maurice Béjart pour deux programmes (un programme mixte et le Presbytère…) qui devraient à nouveau faire le plein.

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