Soirée Jirí Kylián (03 décembre)

Première programmation d’Aurélie Dupont, après le retrait de Benjamin Millepied de la création sur des compositions de Barbara qui devait accompagner une pièce d’Antony Tudor, cette soirée entièrement consacrée au chorégraphe tchèque Jirí Kylián laisse augurer du meilleur quant aux choix de la nouvelle directrice pour la prochaine saison. Il n’est pas si fréquent d’avoir une soirée mixte aussi bien équilibrée, trois pièces de 25 minutes chacune avec deux entractes parfaitement ordonnancées avec le ballet le plus difficile encadré par des pièces à même d’embarquer un public néophyte forcément nombreux en cette période des fêtes. L’esthétisme raffiné de Jirí Kylián est le contrepoint parfait à la grande soirée classique du Lac des Cygnes.

Bella Figura - Dorothée Gilbert et Alessio Carbone

Bella Figura – Dorothée Gilbert et Alessio Carbone

Bella Figura, l’une des pièces phares du chorégraphe, créée pour le Nederlands Dans Theater en 1995, convoque l’esprit de l’Europe baroque pour une réflexion sur l’être et le paraître et l’illusion théâtrale. A travers la beauté des musiques, sélection de compositions italiennes du XVIIème et XVIIIème siècle (Pergolese et Vivaldi entre autres) complétée par un pastiche du compositeur néo-classique Lukas Foss, un sens aigu du cadre et du découpage et la rigueur de sa construction chorégraphique , Jirí Kylián  offre un magnifique terrain de jeu aux danseurs chevronnés de l’Opéra de Paris.

Inspiration ? Portrait présumé de Gabrielle d'Estrées

Inspiration ? Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées

Les images sont nombreuses à imprimer notre rétine : les ensembles de danseuses et danseurs torses nus vêtus d’un jupon évoquant le hakama, le sublime duo d’Alice Renavand et Laëtitia Pujol qui rappelle dans sa composition le tableau de l’école de Fontainebleau représentant Gabrielle d’Estrées et sa sœur, la perfection sculpturale du pas de deux Laëtitia PujolSébastien Bertaud ou la réunion sur scène de Dorothée Gilbert et Alessio Carbone.

Tar and Feathers - Dorothée Gilbert avec Antonio Conforti et Yvon Demol

Tar and Feathers – Dorothée Gilbert avec Antonio Conforti et Yvon Demol

Tar and Feathers, pièce de 2006, fait son entrée au répertoire de l’Opéra. Le titre évoque le supplice du goudron et des plumes, comme une métaphore de l’insoutenable légèreté de l’être, écartelé entre la lumière et l’obscurité, figurée côté cour de la scène par un sol blanc et un gros nuage de papier bulle à l’avant-scène et côté jardin par un lino noir brillant surplombé d’un piano géant sur lequel la pianiste Tomoko Mukaiyama interprète le Concerto pour Piano n°9 de Mozart. Pour apprécier pleinement la scénographie, un place centrée et à bonne visibilité est recommandée, sous peine de grosse frustration. On repère certaines similitudes entre Tar and Feathers et Bella Figura : le jeu sur 2 couples de danseurs, avec un couple immobile dos à la scène tandis que l’autre évolue sur un pas de deux, ou encore le chœur des danseuses et danseurs perruqués et grimés en jupons blancs évoque une version grimaçante et absurde des ensembles élégiaques de Bella Figura.

Tar and Feathers

Tar and Feathers

Les 6 danseurs (Dorothée Gilbert, Lydie Vareilhes, Aurélia Bellet, Yvon Demol, Antonio Conforti et Takeru Coste) sont formidables. Dorothée Gilbert est plus que jamais au sommet de son art, généreuse avec son partenaire, le jeune Antonio Conforti, qui, à défaut d’être un danseur de concours, ne déçoit jamais sur scène. Takeru Coste, abonné aux rôles de caractère, se voit également offrir une trop rare exposition en pleine lumière avec un pas de trois arachnéen assez étonnant.

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Symphonie des Psaumes – Hugo Marchand et Marie-Agnès Gillot

Avec une autre entrée au répertoire, la Symphonie des Psaumes chorégraphié en 1978 sur la partition éponyme d’Igor Stravinsky, on est face à une œuvre plus consensuelle et classique tant dans la scénographie que dans le vocabulaire utilisé. Tout le talent de Kylián à créer des univers imaginaires où se mêlent le présent et le passé, l’ici et l’ailleurs, est prégnant dans ce ballet spirituel et choral qui apporte une sorte de plénitude au spectateur, servi par une distribution de 8 danseuses et de 8 danseurs, mêlant habilement ancienne et nouvelle génération. Marie-Agnès Gillot n’a jamais autant été distribuée que depuis le début de la saison, son duo avec Hugo Marchand est décidément une réussite, retour de Muriel Zusperreguy très intéressante dans ce registre aux côtés de Stéphane Bullion.

Si vous êtes à la recherche d’un spectacle pour votre soirée de réveillon, cette soirée Kylián devrait vous combler.

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