La Sylphide – Albisson / Marchand (4 juillet)

Peut-être James l’irrésolu aurait-il été le titre le plus approprié pour la représentation de la Sylphide du 4 juillet réunissant Amandine Albisson, Hugo Marchand et Hannah O’Neill. En effet, Hugo Marchand s’affirme dans le rôle de James, le hobereau écossais, qui l’a vu couronner étoile cette année, comme le véritable héros de ce petit bijou du ballet romantique, ressuscité par Pierre Lacotte. Comme il nous en a désormais donné l’habitude à chacune de ses prises de rôle dans un ballet narratif, il s’empare de son personnage avec conviction, une surprenante maturité, beaucoup de justesse dans les intentions et son jeu touche les spectateurs même du haut des 3èmes loges avec une pantomime extrêmement lisible. Et comme sa technique est au diapason, il dégage déjà une autorité sur scène dont peu d’autres étoiles masculines peuvent se targuer. Les envolées impressionnantes et sa façon d’occuper tout l’espace scénique, qui paraît presque petit pour son gabarit, nous font voyager du côté du Bolchoï tandis que la superbe petite batterie rappelle son ADN français.

La Sylphide-04 juillet 2017-18

Dans le 1er acte dont la scénographie joue à fond la carte du pittoresque écossais, cher à Walter Scott, il est au centre de toutes les attentions. Alors qu’il sommeille devant l’âtre de la cheminée, une curieuse créature, fantasme ou réalité, fait irruption dans le logis. La Sylphide charme le jeune homme et lui subtilise la bague destinée à sa fiancée, Effie. Cette intrigue principale est diluée dans une suite de divertissements écossais, célébrant la future union de James et Effie. J’avoue trouver parfois un peu longuets ces exercices de virtuosité pure, avec une scène trop encombrée pour que le corps de ballet donne sa pleine mesure. C’est néanmoins l’occasion d’admirer dans le pas des deux des Ecossais, Emmanuel Thibault, un des plus beaux stylistes de l’Opéra, qui termine sa carrière sur cette série, associé à Marion Barbeau, un des grands espoirs de la classe des sujets.

Marion Barbeau et Emmanuel Thibault

Marion Barbeau et Emmanuel Thibault

Le curieux triangle amoureux entre la créature fantastique, le jeune homme et sa fiancée prend un tour presque audacieux avec les protagonistes du soir, avec un James sincèrement épris d’Effie, mais qui ne semble pas voir véritablement de problème à un ménage à 3. Le pas de trois est sans conteste le point d’orgue du 1er acte, avec d’un côté la grande complicité entre Hugo Marchand et Hannah O’Neill (peut-être trop altière pour Effie la terrienne) et de l’autre l’idéal amoureux de James incarné par Amandine Albisson. La Sylphide est sans doute le meilleur rôle classique de l’étoile à l’heure actuelle et c’est aussi celui qu’elle a le plus repris: elle est délicieuse, espiègle et mutine, dès son entrée, avec des pointes qui effleure à peine le sol et une technique de pieds ciselée.

Hannah O'Neill

Hannah O’Neill

Le 2ème acte s’avère un peu décevant du point de vue de l’émotion. Certes, la Sylphide n’est pas Giselle : en dépit du caractère tragique de la fin, avec une Sylphide qui meurt, victime de l’inconséquence de James, trop impatient de la conquérir, l’acte blanc se déroule majoritairement dans une atmosphère légère. On est bluffé par les variations de James brillamment enlevées par Hugo Marchand, par les portés de toute beauté avec une Amandine Albisson totalement en confiance avec son partenaire et qui brille dans ses solos (pas une défaillance à l’horizon), mais je trouve qu’elle n’arrive pas à imposer sa personnalité face à Hugo Marchand. Chacun joue juste, mais je ne suis pas totalement convaincue par leur jeu ensemble. Sans doute, le talent scénique d’Hugo Marchand a-t-il besoin d’une partenaire avec une maturité artistique plus affirmée pour donner sa pleine mesure, et je pense, qu’à ce stade de sa carrière, les meilleurs partenaires pour Amandine Albisson sont Karl Paquette et Stéphane Bullion, aptes à la fois à la rassurer dans les pas de deux, à la mettre en valeur sans l’éclipser et à la guider dans ses choix d’interprétation.

C’était sans doute la dernière représentation de la saison à Garnier pour moi, une représentation à l’image de la totalité d’une saison en demi-teintes sur le plan des grandes émotions si ce n’est au niveau des prouesses techniques. Pour étancher ma soif de danse classique, j’ai préféré un peu d’inédit avec la venue du Ballet National de Cuba à la Salle Pleyel.

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