La Fille mal gardée – le double rendez-vous de Colas (6 juillet)

Il y a 3 ans j’avais découvert la Fille Mal Gardée avec Myriam Ould-Braham tout juste nommée étoile et Josua Hoffalt et j’avais eu un coup de coeur pour ce ballet  après une représentation parfaite. C’est donc avec la certitude de passer une excellente soirée que j’ai coché cette distribution sur mon agenda.

Quel plaisir de retrouver Myriam Ould-Braham après une longue absence dans ce rôle qui lui va si bien. Colas est également l’emploi idéal de Josua Hoffalt : dans le ballet d’Ashton, il y a tous les ingrédients qu’il appelait de ses voeux pour que le ballet classique continue de plaire au public moderne, une pantomime parfaitement lisible qui se marie à la danse sans l’interrompre, des variations virtuoses au service de l’action dans une mise en scène très rythmée. On ne peut être que sous le charme de ce duo que l’on dirait échappé d’une toile de Watteau où les aristocrates se déguisent en bergers pour goûter au plaisir pastoral.

Orage sur l'arbre de mai

Orage sur l’arbre de mai

Seulement, ce programme idyllique a été quelque peu perturbé le 6 juillet. A la suite d’une correction un peu vive de la Mère Simone (Aurélien Houette formidable), Myriam Ould-Braham est mal retombée et ce qui, de prime abord, semblait juste une souci très poussé du réalisme s’est avéré plus grave que prévu. Si la danseuse donnait le change avec brio dans le jeu, on sentait bien qu’elle avait une appréhension sur les sauts et se crispait sur le pas de deux du ruban, qui pourtant n’a pas de secret pour elle. A la faveur du départ de toute la joyeuse compagnie pour les moissons, la carriole tirée par le poney est partie avec Myriam Ould-Braham et est revenue sus scène avec Eléonore Guérineau qui était dans le corps de ballet ce soir.

Eléonore Guérineau réconfortée par Josua Hoffalt

Eléonore Guérineau réconfortée par Josua Hoffalt

Cela tombe bien : la jeune femme avait fait une prise de rôle remarquée quelques jours auparavant aux côtés de Fabien Reveillon. Eléonore Guérineau est une danseuse de poche au style français brillant, presque une ballerine à l’ancienne qui n’entre pas forcément dans les stéréotypes physiques mis en avant sous l’ère de Brigitte Lefèvre. On peut donc trouver injuste qu’elle n’ait jamais eu l’occasion d’être confrontée à un premier rôle alors que sa technique superlative et raffinée aurait du lui permettre d’y accéder. Compte-tenu des circonstances, elle a rempli avec beaucoup de cran sa mission: la variation de Fanny Ellsler est conduite avec brio, et son partenaire se montre aux petits soins pour elle après un porté raté, récupéré d’extrême justesse, qui fait frémir la salle. Josua Hoffalt fait également s’emballer les cœurs avec de superbes variations: la danse est légère, ciselée, sans aucune trace d’effort, comme portée par les ailes de Cupidon.

Josua Hoffalt

Josua Hoffalt

Avant le deuxième acte, le remplacement de Myriam Ould-Braham est annoncé officiellement, ainsi que celui de Simon Valastro (Alain, le soupirant ridicule malgré lui) par Daniel StokesEléonore Guérineau libérée gagne en expressivité dans la pantomime et on apprécie la drôlerie teintée de tendresse des rapports mère – fille avec Aurélien Houette dans la scène du rouet. Grâce, on l’imagine, à des répétitions intensives en coulisses, Josua Hoffalt et Elélonore Guérineau se sont trouvés techniquement et nous offrent un final euphorisant.

La Fille Mal Gardée-06 juillet 2015-10

Cette représentation est finalement un concentré de la première saison de Benjamin Millepied à la tête de l’Opéra: un danseur en plein épanouissement technique et artistique, Josua Hoffalt, qui aborde tous les répertoires avec brio et est le “patron” sur le plateau tout en s’effaçant avec élégance pour faire briller ses partenaires qu’elles soient sujet ou étoile, la révélation de pépites cachées au sein du corps de ballet, porteuse de promesses, et une troupe plus soudée et motivée que jamais face aux imprévus.

 

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