Giselle – La Scala de Milan – Le règne de Svetlana Zakharova ou la saveur d’un plat maison ? (3 et 8 février)

Svetlana Zakharova est une déesse de la danse et c’est encore plus évident quand elle n’est pas entourée des dieux et demi-dieux du Bolchoï mais simplement de bon ou très bons danseurs comme ceux de la Scala dans Giselle. Ce n’est pas forcément la Giselle que l’on imagine: trop femme, trop sophistiquée, elle est loin de la petite paysanne candide, mais sa danse superlative suffit à captiver et à créer l’émotion, suscitant même quelques larmes. Sa présence bouleverse donc quelque peu la perception que l’on peut avoir de la production au classicisme élégant de la Scala. Dommage que Friedemann Vogel, autre étoile invitée ce soir, n’ait pas une plus grande présence scénique face à Svetlana Zakharova dans le 1er acte. On a même du mal à comprendre pourquoi l’intérêt de Giselle ne se porte pas sur le garde-chasse Hilarion (Mick Zeni) à la personnalité bien plus marquante.

Svetlana Zakharova et Friedemann Vogel

Svetlana Zakharova et Friedemann Vogel

L’histoire compte finalement peu, face à la virtuosité et à la vitesse d’exécution de la ballerine qu’on soupçonne même de ne pas lâcher complètement les chevaux pour rester dans une sobriété conforme aux canons du ballet romantique.

Apparition de Giselle

Le deuxième acte est un sommet de délicatesse: le corps de ballet féminin se hisse au niveau de ses invités de marque pour créer sur scène un espace hors du temps. La Myrtha de Nicoletta Manni est aérienne, et la scène où Svetlana Zakharova émerge à côté de la tombe est magique. Friedemann Vogel met avant tout en valeur sa partenaire, sans chercher à éblouir par lui-même. Leur pas de deux restera sans doute un des temps forts de la saison, mais on reste un peu sur sa faim sur les variations masculines, certes très bien exécutées (des brisés jetés plutôt que des entrechats six) mais qui manquent un peu de l’engagement passionné qui aurait fait de ce deuxième acte un souvenir inoubliable.

Pour la dernière représentation de la troupe au Palais des Congrès, face à une salle très bien remplie, c’est une troisième distribution qui était proposée associant Virna Toppi et Antonino Sutera (protagonistes du pas de Deux des Paysans dans la première distribution). C’est à mon sens le couple qui fonctionnait le mieux sur un plan dramatique et ce, sur les deux actes.

Virna Toppi et Antonino Sutera

Virna Toppi est une jeune danseuse de 21 ans, dont les lignes ne sont pas sans évoquer celles d’Amandine Albisson. Si, techniquement, on est loin de Svetlana Zakharova, malgré de beaux équilibres, elle a pour atouts d’avoir l’âge de son rôle, un sens dramatique qui fait merveille dans la scène de folie et une blondeur qui sied à la ballerine romantique. L’écart d’âge avec son partenaire qui a 34 ans renforce également la crédibilité de l’histoire qui nous est racontée. Antonino Sutera s’avère un merveilleux danseur romantique : la sensibilité qu’il apporte à son interprétation rappelle Manuel Legris. Relativement petit, il a un ballon étonnant et un travail du bas de jambes magnifique. Ses deux variations du deuxième acte font véritablement monter crescendo l’émotion chez le public, sans doute moins connaisseur que pour le duo Zakharova-Vogel mais plus enthousiaste et bruyant.

 

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