En attendant Roméo et Juliette – Rencontre à l’amphithéâtre Bastille (20 février)

Le cœur du balletomane parisien va battre plus vite et plus fort à partir du 19 mars, pendant un petit mois, au rythme de la reprise d’une des productions les plus appréciées de l’ère Noureev, son Roméo et Juliette, sa version d’un des grands ballets du XXème siècle sur la partition lyrique et puissante de Prokofiev, un accomplissement marquant de l’art soviétique qui s’inscrit dans la lignée des ballets de Tchaïkovski et qui s’est exporté à l’Ouest, inspirant à leur tour Kenneth Mc Millan (une version à la création de laquelle Noureev participa en 1965 aux côtés de Margot Fonteyn), John Cranko ou John Neumeier. La version Noureev de l’histoire des amants de Vérone est une fresque à grand spectacle, très cinématographique dans sa construction, pleine de bruit et de fureur mais aussi de grands élans d’amour romantique, dans les décors inspirés de la Renaissance italienne d’Ezio Frigerio. C’est une œuvre qui réussit l’équilibre parfait entre musique, dramaturgie et danse, et, à ce titre, fait rêver bien des danseurs, qu’ils soient des étoiles expérimentées ou des talents en devenir.

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Dans la série à venir, ce sont Léonore Baulac et Germain Louvet qui ont décroché la distribution « jeunes talents » avec 2 dates à la clé (le 29/03 et le 01/04). Clotilde Vayer les dirigeait lors de la répétition publique du 20 février à l’amphithéâtre Bastille, accompagnée au piano de Vessela Pelovska. Les deux danseurs ont à peine 4 jours de travail derrière eux, mais, ils ont partagé leur baptême du feu dans les rôles principaux d’un grand ballet du répertoire, Casse-Noisette, il y a un peu plus d’un an. On ressent donc tout au long de la séance un certain nombre d’automatismes dans leur partenariat et une belle complicité dans le travail.

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Avant de leur faire travailler la scène du balcon et le pas de deux du madrigal, deux passages du premier acte qui marquent le début de l’alchimie entre Roméo et Juliette, Clotilde Vayer rappelle les intentions de Noureev à la création du ballet. Sa Juliette (créée par Patricia Ruanne qui accompagne les danseurs sur cette reprise) est forte et téméraire, alors que Roméo a une personnalité plus effacée. En 1977, Noureev est en plein tournage de Valentino et s’inspire de procédés cinématographiques pour appuyer sa mise en scène (« flash forward », arrêt sur images, fondu enchaîné, …). Pour créer ses pas de deux, il ne les a pas créés sur lui, mais sur d’autres danseurs avant de les danser lui-même. Ainsi, le pas de deux du madrigal (le moment où Roméo et Juliette tombent amoureux pendant le bal des Capulet) a été créé sur le danseur qui tient le rôle de Mercutio, un danseur petit et tonique, tandis que le pas de deux du balcon a été créé sur Tybalt, un grand danseur pour donner une impression aérienne à ce passage, et le pas de de deux de la chambre au dernier acte a été créé sur Benvolio.

Clotilde Vayer laisse se dérouler d’assez longues séquences en musique, avant d’apporter des corrections sur la technique et l’interprétation. L’atmosphère paraît plus naturelle et apaisée, moins survoltée, que sur les séances dirigées par Benjamin Millepied où ce dernier intervenait beaucoup sur le partenariat des garçons, joignant souvent le geste à la parole, et laissait parfois peu d’espace à ses danseurs et ses co-répétiteurs. C’est finalement très plaisant de voir Léonore Baulac sans son Pygmalion. On la croirait tout droit sortie d’une toile de Botticelli pour incarner la Juliette idéale et elle paraît déjà pleinement dans son personnage. Germain Louvet a l’élégance aristocratique et la naïveté du jeune homme qui quitte tout juste de l’adolescence qui siéent à Roméo. Ils ont tous les deux le regard brillant de ceux qui ont déballé un magnifique cadeau, et leur bonheur et leur enthousiasme d’avoir la chance d’être Roméo et Juliette sont communicatifs. Le défi pour eux est de parvenir à maîtriser la complexité des enchaînements de pas, souvent avec un effet-miroir entre la chorégraphie du danseur et celle de la danseuse, et les portés néo-classiques  pour, sublimés par l’intensité physique de la danse, ne faire plus qu’un sur scène. Les promesses entrevues en répétition et la présence de Stéphane Bullion en Tybalt aux côtés des deux jeunes danseurs laissent en tout cas augurer le meilleur sur un plan dramatique pour leurs représentations.

 

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