Don Quichotte à Bastille, Froustey/Alu (09 décembre)

« A star is born », devrait-on dire après cette représentation. Le jeune François Alu, pour cette prise de rôle impromptue en Basilio, a tout simplement été génial, soutenu par un corps de ballet galvanisé et une partenaire de grande classe, Mathilde Froustey.

Dans un feuilleton dont la compagnie semble avoir désormais le secret lors des reprises de grands ballets de Noureev, tout a commencé le mercredi avec la blessure de Pierre-Arthur Raveau, Basilio attitré de Mathilde Froustey, lors du 3ème acte d’une très belle représentation. Plus de matinée du samedi pour le couple de sujets: c’est Dorothée Gilbert et Karl Paquette qui sont appelés à la rescousse. Grosse déception pour Mathilde Froustey qui perd sa 2ème date.

On se dit alors que Dorothée Gilbert et Karl Paquette ont une santé de fer pour enchaîner deux matinées d’affilée. D’où un nouveau rebondissement le dimanche matin en direct sur Tweeter.

Les feuilles de distribution de cette matinée de gala « Rêves d’enfant » n’ont même pas été mises à jour.

Après un speech pas très inspiré des instigateurs de l’opération, c’est au tour Brigitte Lefèvre de prendre la parole. Comme pour nombre des enfants qui vont découvrir le ballet cet après-midi, il y a derrière le rideau, nous explique-t-elle, un jeune homme qui est rentré récemment dans le corps de ballet et pour qui c’est une première fois, François Alu. Il est accompagné pour cette prise du rôle de Basilio, l’un des plus lourds du répertoire, par Mathilde Froustey et, ajoute-t-elle, d’un corps de ballet qui sait se mobiliser dans ce genre de situation imprévue. Le décor est planté : on a hâte, une fois passé le prologue, de se retrouver sur la place de Barcelone. L’entrée de Mathilde Froustey est pleine d’assurance : sur cette deuxième représentation, j’ai trouvé que tout était plus juste, plus mesuré dans sa prestation, comme pour mieux mettre en valeur l’incroyable performance de François Alu. Les deux variations du jeune homme au premier acte sont un enchantement. Tout y est: la musicalité, la hauteur des sauts, des réceptions piles et onctueuses. Le coryphée qui irradiait dans les ensembles de pêcheurs sur les autres représentations s’est mué en un Basilio de tout premier ordre.

Là où Karl Paquette incarnait un séducteur aguerri et bout en train, Pierre-Arthur Raveau, un jeune premier romantique insouciant (peut-être trop aristocratique), François Alu propose un jeune homme du peuple plutôt dégourdi et malicieux. Cette joie de danser et de dévorer la scène qui les anime lui et sa partenaire semble être contagieuse pour le reste de la troupe. Christophe Duquenne, en Espada, se bonifie au fil des représentations. Sarah Kora Dayanova est une danseuse de rue pleine de fougue. Le premier acte s’achève tambour battant avec une très enlevée variation des castagnettes et la fuite des deux amoureux ponctuée de portés à une main magistraux où François Alu promène Mathilde Froustey sur la moitié de la scène.

Le début du deuxième acte est toujours aussi enchanteur. Tous les couples vus jusqu’à présent y ont apporté une grande sensibilité. J’avoue une petite préférence pour la paire Mathilde Froustey et Pierre-Arthur Raveau. Le couple fait néanmoins passer un frisson d’émotion dans la salle.

La scène des gitans est plus enlevée que mercredi. Au royaume des Dryades, Mélanie Hurel campe un Cupidon plus éthéré que Marine Ganio, qui incarnait un feu follet malicieux, aux côtés de Dulcinée – Mathilde Froustey et de la Reine – Héloïse Bourdon.

Le chef des gitans (Allister Madin) accompagne Cupidon (Mélanie Hurel), Dulcinée-Kitri, la reine des Dryades (Héloïse Bourdon)

Après ce moment de poésie, place au troisième acte et à l’atmosphère enfumée de la taverne. Cela permet d’apprécier la capacité de François Alu à danser avec les autres, au-delà de ses qualités de soliste exceptionnelles. L’adage du grand pas de deux est remarquable étant donné la petite demi-heure de répétition des deux partenaires : on n’atteint pas l’émotion du couple Froustey-Raveau ou la perfection technique du partenariat de Karl Paquette, mais on est dans la droite ligne de ce qui a précédé, à savoir engagement, prise de risque, fraîcheur et joie de danser. Les solos qui suivent sont emballants. François Alu se joue avec brio de la variation de Basilio, et que dire du dernier manège, peut-être pris un peu court, mais qui se termine par un saut où le danseur semble défier la gravité.

Salut final du 3ème acte

Les applaudissements particulièrement chaleureux du public familial, à la fois pendant et à la fin de la représentation, tranchent également avec l’ambiance un rien compassée de mes deux précédentes soirées et ont sans doute contribué à ce bel engagement des 2 deux héros du jour, soutenus par une très belle troupe. Voici un spectacle en tout point enthousiasmant qui trotte dans la tête longtemps après et qui fait retrouver le plaisir enfantin d’un premier ballet à l’Opéra.

Mathilde Froustey a signalé sur son compte Tweeter cette vidéo de très bonne qualité qui permettra à ceux qui n’ont pas vu le spectacle d’apprécier ses meilleurs moments, et pour ceux qui l’ont vu de les revoir en boucle.

PS : A lire une interview de François Alu dans la newsletter de la compagnie 3ème étage dont il fait partie : http://www.3e-etage.com/newsletter/edm-francois.html

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