20 Danseurs pour le XXème siècle – Boris Charmatz

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Le concept de la danse ou de la “performance” investissant les espaces publics de musées ou d’autres lieux patrimoniaux n’est pas une nouveauté en soi et fait partie des tendances de l’art contemporain. Boris Charmatz, le directeur du Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne, qui a exploré ce filon notamment au Museum of Modern Art de New York et à la Tate Modern, le transpose cette fois dans le temple même de la danse française, le Palais Garnier.

Pour la modique somme de 15 euros, le public peut déambuler sous les ors de la vénérable institution pendant 1h30 en semaine (de 18h00 à 19h30) et 3 heures le samedi après-midi (de 15h00 à 18h00) à la rencontre de 20 danseurs de l’Opéra de Paris qui interprètent en toute simplicité des passages des chorégraphes marquants du XXème siècle, des danses symboliques de l’époque (hip hop, music hall, Bollywood) ou encore de l’improvisation pure.

Plan d'orientation

Plan d’orientation

Pour ceux qui s’attendent à quelque chose de très cadré en venant pour la première fois à l’Opéra, le côté artisanal de l’organisation et l’ambiance totalement informelle ont de quoi dérouter: inutile d’enfiler les escarpins vernis et la petite robe noire, vous serez bien plus à l’aise en baskets et en jeans, de préférence un peu usés pour pouvoir vous assoir par terre, en cercle autour des artistes. Si photos et vidéos sont en théorie interdites comme le précisent à l’entrée les ouvreurs (qui paraîtraient presque endimanchés étant donné l’atmosphère générale), la plupart des badauds brandissent leur smartphone pour immortaliser l’instant, rappelés parfois à l’ordre pour la forme. Pour les habitués, c’est aussi l’occasion de s’approprier les lieux différemment et de les redécouvrir: je ne m’étais jamais aventurée à l’entresol pour admirer la Rotonde des Abonnés et le Bassin de la Pythie, le charmant Salon du Glacier est très souvent désert aux entractes.

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La rotonde des abonnés

Côté danse, le concept permet de mettre en lumière des danseurs du corps de ballet et donne à quelques “vétérans” un espace d’expression personnelle en dehors de leur variation libre du concours annuel. A présent souvent cantonnés à des rôles de caractère, l’étoile Benjamin Pech, bientôt retraité et futur maître de ballet, et les deux premiers danseurs, Alessio Carbone et Stéphanie Romberg, sont également de la partie.

On apprécie la proximité avec les artistes: sans les artifices du maquillage et du costume, ils essaient de nous faire entrer par une courte introduction dans la pièce qu’ils ont choisie de danser, en donnant parfois des indications sur sa place dans l’histoire chorégraphique et ses spécificités. Le principe même de la déambulation fait qu’il est impossible de voir tous les danseurs. Selon son goût, on pourra rester 30 minutes sur un lieu, au risque de manquer une performance mémorable ailleurs. Une idée intéressante aurait été de créer une application mobile ou un compte Twitter dédié pour permettre une interaction plus grande avec le spectateur et le guider dans son parcours. Mais peut-être que le charme de l’entreprise réside essentiellement dans son caractère aléatoire.

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Benjamin Pech – Le Faune

J’ai ainsi passé plus d’une demi-heure dans la Rotonde des Abonnés: Pascal Aubin y faisait le show sur le Cabaret de Bob Fosse, Jean-Baptiste Chavignier invoquait l’esprit d’Isadora Duncan tandis que Benjamin Pech  était inspiré par les Ballets Russes avec l’Après-Midi d’un Faune de Nijinski et le Spectre de la Rose de Fokine (l’instant émotion de la soirée pour moi). Dans la Galerie du Glacier, Alessio Carbone hypnotise les spectateurs avec Approximate Sonata de Forsythe. Dans le Grand Foyer, Alexandra Cardinale s’imagine en Nikya dans la Bayadère de Noureev, tandis que Yann Saïz nous transporte en méditation avec Carolyn Carlson et Density.

Alexandra Cardinale - La Bayadère

Alexandra Cardinale – La Bayadère

L’expérience en soi est intéressante, même si elle dénature forcément un peu les oeuvres qu’elle exploite dans cette forme de compilation spatiale et temporelle. On a du mal à discerner si l’ambition de Boris Charmaz est de proposer une approche originale de la muséographie de la danse, une opération portes ouvertes sympathique ou une oeuvre chorégraphique à part entière. On préférera retenir l’invitation à revenir pour un vrai ballet.

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