Soirée Roland Petit à l’Opéra Garnier (17 mars)

3 ballets pour découvrir la jeunesse du chorégraphe Roland Petit, autant d’illustrations d’un thème prégnant dans son œuvre, l’amour jusqu’à la mort. Du Rendez-Vous et son noir et blanc expressionniste au technicolor flamboyant de Carmen en passant par le gothico-fantastique du Loup, ils témoignent également d’une conception de la danse comme un art populaire.

 

 

 

 

Le Rendez-Vous (1945)

Distribution : Nicolas Le Riche, Isabelle Ciaravola, Hugo Vigliotti, Michel Denard

Argument : Jacques Prévert

Musique : Joseph Kosma

La pièce fascine surtout par son atmosphère, cela s’apparente d’ailleurs à du cabaret. Sur scène, c’est la magie d’un film d’après-guerre qui se recrée au son des « Enfants qui s’aiment ». Les collaborateurs de Petit, familiers du cinéma de Marcel Carné ou René Clair, n’y sont sans doute pas étrangers : Jacques Prévert pour l’argument, Joseph Kosma pour la musique, Mayo pour les costumes et Brassaï pour ces décors « photographiques ».

Dans le rôle de l’ouvrier poursuivi par le destin, qui, au bout de son errance nocturne dans le Paris populaire, a rendez-vous avec la mort sous les traits de la « plus belle fille du monde », Nicolas Le Riche a très peu à danser mais sa présence sur scène est magnétique. Il est rejoint par Isabelle Ciaravola, vénéneuse, pour un tango final mortel. Prestation inspirée également d’Hugo Vigliotti en bossu : après le Sancho Pança de Don Quichotte et la soirée Danseurs Chorégraphes, il démontre encore son talent pour ce type de composition.

Le Loup (1953)

Distribution : Benjamin Pech, Laetitia Pujol, Valentine Colasante, Christophe Duquenne

Argument : Jean Anouilh/George Neveux

Musique : Henri Dutilleux

Là aussi, c’est le décor, une roulotte, une clairière dans une forêt comme découpée dans de la dentelle, qui m’a entraînée dans ce conte imaginé par Jean Anouilh et Georges Neveux. Ce mini-ballet a le charme suranné d’un film de la Hammer.

Le propriétaire de la roulotte, un montreur de bêtes, réalise des tours étonnants : il transforme les hommes en loups. Un fiancé volage (Christophe Duquenne) profite de ce tour pour s’enfuir avec une bohémienne (Valentine Colasante), sa promise (Laetitia Pujol) pense repartir avec son fiancé et se retrouve mariée en fait à un véritable loup (Benjamin Pech). Elle se prend à l’aimer, mais les villageois vont leur faire payer très cher cette transgression. Ils les traquent dans la forêt où elle meurt avec lui en le défendant.

Mathieu Botto est le montreur de bêtes

C’est plaisant de retrouver Benjamin Pech dans un rôle aussi exigeant physiquement. Il fait preuve de beaucoup de sensibilité dans son interprétation et le partenariat avec Laetitia Pujol est émouvant.

Laëtitia Pujol, Benjamin Pech et Valentine Colasante

Carmen (1949)

Distribution : Ludmila Pagliero, Stéphane Bullion, Caroline Bance, Allister Madin, Maxime Thomas

Argument : d’après la nouvelle de Prosper Mérimée

Musique : Georges Bizet

C’est le clou du programme: couleurs bariolées, « tubes » de Bizet, variations virtuoses, chorégraphies d’ensemble et pas de deux spectaculaires visuellement.

Décor de Carmen – L’entrée des Arènes

Ludmila Pagliero, dans le rôle titre, impressionne : elle semble progresser à chaque spectacle depuis sa nomination et, surtout, elle communique son énergie et sa joie d’être en scène. Son partenariat avec Stéphane Bullion pourrait devenir un incontournable des prochaines saisons, avec le départ d’Agnes Letestu. En attendant, on ne ressent pas forcément la passion destructrice dans l’interprétation proposée par les deux danseurs : Carmen et Don José sont des êtres veules et égoïstes, et la mise à mort finale de Carmen par Don José aux portes des arènes est plus la revanche d’un homme humilié que la conséquence d’une jalousie dévorante.

Guillaume Charlot, Ludmila Pagliero, Stéphane Bullion, Caroline Bance et Allister Madin

C’est évidemment Carmen qui remporte le plus d’applaudissements dans le programme, de par le côté immédiat des impressions provoquées et son enracinement dans notre culture populaire. Je suis sortie de l’Opéra avec les superbes couleurs et images ainsi que les airs de Carmen dans la tête, mais, après quelques jours, je me prends à repenser au Loup et à cette histoire fantastique et tragique qui nous est contée en une petite demi-heure.

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