Les Etés de la Danse 2016 – New York City Ballet – Balanchine – Tchaïkovski

Pendant 3 semaines au Théâtre du Chatelet,  le New York City Ballet offrira un vaste panorama de son répertoire au public parisien et notamment un florilège de ballets de son créateur George Balanchine. Mon premier programme de la série intitulé Balanchine – Tchaïkovski permettait de découvrir 3 pièces chorégraphiées sur des œuvres de Tchaïkovski, le compositeur préféré de Balanchine, des pièces dans une veine plutôt classique empreintes de la nostalgie de sa culture russe mais aussi de l’énergie de l’exilé à la conquête du nouveau monde.

Sérénade

La pièce la plus ancienne de la soirée (1935) est paradoxalement la plus novatrice. C’est sur la Sérénade en ut majeur pour orchestre à cordes de Tchaïkovski que Balanchine a imaginé le plus beau des hommages au ballet romantique qui a  bercé sa jeunesse russe pour son premier ballet en terre américaine. Le côté novateur vient de l’utilisation du physique moderne des jeunes femmes qui fréquentent son cours de danse et de l’irruption des petits hasards du quotidien (la chute d’une des solistes, des cheveux qui se détachent) pour détourner les codes de l’acte blanc dans un acte bleu plein de poésie. Dans le trio d’étoiles féminines, c’est Megan Fairchild qui me marque plus que la blonde héroïne, Sterling Hyltin.

Mozartiana

Ambiance Autriche du XVIIIème siècle ou commedia dell’arte pour ce deuxième ballet du programme, l’une des dernières chorégraphies de Balanchine (1981). Il y a un côté légèrement désuet dans cette pièce qui utilise la Suite n°4 de Tchaïkovski orchestrée à partir de plusieurs œuvres courtes de Mozart avec ses ballerines miniatures qui ouvrent la danse, son étoile virtuose et ses deux prétendants, le joyeux drille qui danse la gigue et le cavalier dévoué. Sara Mearns est superbe dans cet exercice plein de style et d’esprit : qui eut cru que ce corps de pin-up hollywoodienne pouvait abriter une extraordinaire technicienne ? Troy Schumacher pétille dans la gigue, tandis que Chase Finley au physique d’Apollon déçoit dans ses solos, comme happé par la rapidité de la musique.

Mozartiana - Chase Finley, Sara Mearns et Troy Schumacher

Mozartiana – Chase Finley, Sara Mearns et Troy Schumacher

Tchaïkovski Piano Concerto n°2

La dernière pièce du programme a été créée en 1941 sous le nom évocateur de Ballet Impérial puis remaniée à plusieurs reprises par le maître pour atteindre un raffinement sans affèterie. Avec ses 40 minutes de danse, Tchaïkovski Piano Concerto n°2 s’inscrit dans la même veine que Joyaux, Thème et Variations, le Palais de Cristal  ou encore le Brahms-Schoenberg Quartet actuellement présenté à l’Opéra Bastille, un pur moment de plaisir musical et chorégraphique, qui ressuscite les fastes d’une époque révolue. Aux côtés des deux solistes Teresa Reichlen et Savannah Lowery, Tyler Angle est sans conteste le danseur masculin de la soirée.

Intéressant également d’observer sur l’ensemble de la soirée, après une saison parisienne où Benjamin Millepied a mis le chorégraphe à l’honneur  (avec 3 pièces au programme),  les différences d’interprétation entre la troupe dépositaire  du style Balanchine et le Ballet de l’Opéra de Paris. Les danseurs américains sont très naturels dans ce registre, la rapidité d’exécution prend le pas sur la perfection technique. Le corps de ballet, extrêmement vivant, avec ses danseurs de morphologies très différentes,  ne se contente pas de former un écrin luxueux pour les solistes : cela respire, il y a une forme de liberté sur le plateau. On est frappé également par le travail de pointes presque totalement silencieux des danseuses. Chez les hommes, du simple membre du corps de ballet au principal, la qualité du partenariat est impressionnante : pour reprendre une image utilisée par Benjamin Millepied lorsqu’il corrigeait François Alu pendant une répétition publique, “la ballerine, c’est comme une tasse de porcelaine, on la manipule avec délicatesse”. On pourra regretter que cette volonté de ne pas éclipser leur partenaire rende les solistes masculins quelque peu transparents face à des femmes fortes et magnifiques.

On sort euphorisé de ce beau programme de danse classique, bien accompagné par l’Orchestre Prométhée dirigé par Andrew Litton, avec l’envie de découvrir les différents programmes proposés jusqu’au 16 juillet.

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