Le Lac des Cygnes – Albisson/Ganio/Alu (08, 11 et 14 décembre)

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Pour la captation cinéma du Lac des Cygnes, le trio choisi ne semblait pas idéal sur le papier. Amandine Albisson et Mathieu Ganio ont esthétiquement des physiques qui se marient très bien, mais, jusqu’à présent, leur association n’a pas vraiment produit d’étincelles sur le plan de l’émotion. Si Mathieu Ganio a tout pour être le Siegfried emblématique de l’Opéra de Paris, le côté jeune femme épanouie d’Amandine Albisson ne la prédestine pas a priori à être une grande Odette. La prise de rôle de François Alu en Wolfgang / Rothbart est intrigante, mais on peut se poser la question de la dynamique que cela va introduire dans la relation entre le prince et son précepteur, si importante dans la version Noureev du Lac des Cygnes.

L’évolution de cette distribution sur une semaine entre la diffusion au cinéma, la matinée Rêve d’Enfants et la soirée du 14 décembre est la parfaite illustration d’un « work in progress » avec des interprètes qui interagissent différemment d’une représentation à l’autre et qui surtout ont besoin de se confronter plusieurs fois à leur rôle pour s’approprier complètement leur personnage.

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Le 8 décembre, Amandine Albisson était trop concentrée sur elle-même et sa technique, et l’alchimie avec Mathieu Ganio dans les actes blancs n’était pas vraiment convaincante. Son cygne blanc manquait de bras et de dos, tandis que son Odile était plutôt réussie, mise en valeur par la fougue de François Alu qui dynamite le plateau à l’acte III. C’est résolument en Odile que la féminité assez sensuelle d’Amandine Albisson trouve son meilleur terrain d’expression : c’est une vraie femme fatale de film noir et elle rayonne sur scène dans le pas de trois de l’acte III.

Au fil des représentations, on a néanmoins vu apparaître le cygne derrière la princesse, moins de raideur, plus de souplesse dans le travail du haut du corps, des mains qui prennent vie et toujours des équilibres et des arabesques magnifiques, parfaitement tenus, et il se passait enfin quelque chose avec Mathieu Ganio sur scène.

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Mathieu Ganio m’a paru moyennement investi dramatiquement derrière mon écran, mais l’impression est toute autre dans la salle. Si le duo Mathias HeymannKarl Paquette creuse la relation entre un élève et son mentor possessif et la volonté de Siegfried de se libérer de cette emprise, Mathieu Ganio est plus explicitement attiré par l’idéal de masculinité triomphante incarné par François Alu, Wolfgang qui, de par sa jeunesse, évoque moins un précepteur qu’un ami et confident du prince, sans doute moins bien né et auquel cette relation permet d’assouvir ses ambitions personnelles. L’amour pur pour le cygne blanc ou l’amour sensuel représenté par la figure d’Odile, sous le contrôle de l’omniprésent Rothbart, double chimérique de Wolfgang, n’apparaissent finalement que comme des échappatoires illusoires aux liens plus puissants entre Siegfried et Wolfgang. Les pas de deux / confrontations entre les deux danseurs dans l’acte I et le final de l’acte IV sont superbes et presque plus forts que les pas de deux entre Siegfried et Odette/Odile. Le petit bémol sur le Siegfried de Mathieu Ganio est plutôt du côté technique : les lignes sont princières, mais on le sent souvent tendu, en difficulté avec certaines réceptions et les sauts n’ont pas l’aisance insolente de Mathias Heymann, sans parler de l’ovation pour la variation extraordinaire du Rothbart de François Alu à l’acte III qui lui fait commencer son propre morceau de bravoure dans une relative indifférence.

Autour du trio majeur de ce Lac, on notera Germain Louvet brillant dans le pas de trois du 8 décembre aux côtés d’Hannah O’Neill et de Léonore Baulac et le beau succès d’Héloïse Bourdon dans ce même pas de trois, très longuement applaudie le 14 décembre. La danse espagnole était « caliente » le 14 décembre avec Valentine Colasante, Hannah O’Neill, Audric Bezard et Arthus Raveau (dont le talent mériterait un peu plus d’exposition). Et enfin la star indéboulonnable des actes blancs, le corps de ballet féminin dans lequel les yeux du spectateur repèrent inévitablement le port de bras d’Héloïse Bourdon, reine des cygnes naturelle maintenue dans le rang.

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