La Danseuse : la vie de Loïe Fuller portée à l’écran

Impressions publiées en mai à l’occasion de la présentation du film à Cannes.

Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, la Danseuse retrace le destin de Loïe Fuller, depuis sa jeunesse au fin fond de l’Amérique jusqu’à la gloire aux Folies Bergères à Paris au tournant du XIXème siècle avec sa danse serpentine qui en fit une icône de l’Art Nouveau. Le film qui sortira le 28 septembre était proposé en avant-première au Gaumont Opéra Capucines dans la foulée de sa présentation à Cannes.

la-danseuse-2016

Pour une première réalisation, Stéphanie Di Giusto, issue du monde de la photographie de mode, a bénéficié de moyens conséquents, tant au niveau de la reconstitution historique soignée que d’une distribution cousue main pour le tapis rouge cannois. Aux côtés dans le rôle-titre de la chanteuse et comédienne Soko, accessoirement ex petite amie de la star Kirsten Stewart, on retrouve des seconds rôles de luxe, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, François Damiens et une débutante, fille de stars, Lily-Rose Depp, dans le rôle d’Isadora Duncan.

Le scénario s’inspire très librement d’un ouvrage de référence de Giovanni Lista publié en 1995, « Loïe Fuller, danseuse de la Belle Epoque ». On a affaire un « biopic » assez classique dans la forme, qui présente beaucoup de similitudes avec le Coco Avant Chanel d’Anne Fontaine. Les exégètes de l’histoire de la danse bondiront sans doute face à la dramatisation excessive du récit, aux ellipses et aux raccourcis dans le parcours de cette artiste étonnante. La vraie vie de Loïe Fuller recelait suffisamment de péripéties pour que l’ajout de personnages et d’épisodes fictifs ne soient pas nécessaires. Le film aborde finalement très peu l’influence majeure de Loïe Fuller sur le Paris culturel et intellectuel de son époque (poètes, dramaturges, peintres, sculpteurs, scientifiques), l’aspect innovant de ses chorégraphies avec notamment l’apport de l’électricité et des jeux de lumières ou encore son école de danse où elle accueillait des jeunes filles de milieux défavorisés.

Loïe Fuller dansant Photographie: Ellis Harry C. (1857-1925) (Attribué À) Source: RMN

Loïe Fuller dansant
Photographie: Ellis Harry C. (1857-1925) (Attribué À)
Source: RMN

Evitant ainsi l’académisme, la réalisatrice préfère se concentrer sur les failles de la jeune femme et la fièvre créatrice qui l’anime, portées par une superbe photographie et  l’interprétation remarquable de Soko, physique, intense, à fleur de peau. La relation particulière, presque fraternelle, que Loïe entretient avec l’aristocrate décavé interprété par Gaspard Ulliel, sorte de protecteur et mécène, donne lieu à des scènes émouvantes. Les scènes de danse de Loïe sont particulièrement bien filmées, produisant l’effet hypnotique que les spectateurs de la Belle Epoque ont dû ressentir. Quelques petits détails, comme ces scènes à l’Opéra Garnier qui frisent le ridicule (entre anachronisme et inexactitude) ou le personnage d’Isadora Duncan réduite à une « allumeuse » manipulatrice, ne réussissent pas à ternir la belle impression d’ensemble laissée par ce film, qui donne envie d’en savoir plus sur son héroïne.

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