Pour son étape annuelle à Paris, le L.A. Dance Project, la micro compagnie de Benjamin Millepied, propose sur la scène du Théâtre des Champs Elysées un programme 100% chorégraphié par son fondateur.

Homeward

Dans Homeward, Benjamin Millepied s’associe au plasticien – scénographe James Buckhouse. Cette variation chorégraphique pour 3 couples exploite la rythmique du quatuor à cordes Aheym (« Aheym » signifie « homeward » – retour aux sources –  en Yiddish) composé par Bryce Dessner. La pièce est représentative du style Millepied et notamment des ballets créés durant son passage à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris. C’est fluide, extrêmement musical, mais ce n’est pas vraiment surprenant. La scénographie avec ses calligraphies noires sur fond blanc, qui évoluent en fonction de la musique (façon Windows Media Player au début des années 2000), rappelées par les costumes des danseurs, est également typique du minimalisme BCBG et formaté en vogue chez les chorégraphes néo-classiques du moment. A l’exception du formidable quatuor de musiciens dans la fosse surélevée, le tout n’échappe pas à un certain sentiment de conformisme et manque d’aspérités, voire annihile la personnalité des danseurs (un comble pour un chorégraphe chantre de la diversité sur scène, on se rappelle sa diatribe contre le corps de ballet papier peint de la Bayadère). C’est finalement le long interlude musical séparant Homeward de la pièce suivante qui interpelle le plus le spectateur.

Orpheus Highway

Orpheus Highway, comme son nom le suggère, mixe le mythe d’Orphée et d’Eurydice et l’imagerie liée au road-movie américain. Toujours sur un quatuor à cordes, le Triple Quartet de Steve Reich, Benjamin Millepied fait évoluer ses danseurs devant la projection vidéo de la version court métrage du ballet. Il convie dans cette œuvre l’esprit de son maître Jerome Robbins et de West Side Story et des réminiscences d’icônes du cinéma indépendant, de Wim Wenders (Paris Texas) à Gus Van Sant en passant par David Lynch. La vidéo ferait d’ailleurs un excellent support publicitaire pour du street-wear de luxe. Ce ballet, porté par le bel Orphée de David Adrian Freeland Jr. (un ancien de la compagnie « junior » d’Alvin Ailey), est le très bon moment de la soirée.

Bach Studies (Part 2)

La dernière œuvre du programme est présentée en première mondiale à Paris : c’est la deuxième partie d’un projet initié l’an dernier par le chorégraphe autour de l’œuvre de Bach, Bach Studies. Ici, il explore en particulier, avec 12 danseurs  et un violon soliste sur scène, la Partita pour violon n°2 en ré mineur et la première partie de la Chaconne, qu’il associe aux Mystery Sonatas de David Lang. Contrairement à Homeward, la pièce s’avère disruptive par rapport au vocabulaire chorégraphique usuel de Benjamin Millepied, avec un syncrétisme de styles assez étonnant (néo-classique, contemporain, street dance). Les deux tiers de la pièce de plus de 50 minutes souffrent d’un côté brouillon et d’une absence de structure (tout le contraire de la construction rigoureuse et du style léché habituels chez le chorégraphe) et le tout semble bien trop long. En homme de spectacle averti, Benjamin Millepied conclut sa pièce avec une série d’ensembles, entre lyrisme et grandiloquence, sur la Passacaille en Ut mineur pour orgue, en contrepoint toujours d’une composition de David Lang extraite de The National Anthems. Le tout ressemble à un pastiche de Ji?í Kylián, sans la finesse et la beauté : les costumes d’Alessandro Sartori sont déjà démodés avec leur esthétique « Anges et Démons » d’un kitsch achevé.

Soirée d’un seul chorégraphe, ce programme est la démonstration de la large palette de Benjamin Millepied et de sa compagnie (érudition et curiosité musicale, influence de Jerome Robbins et du néo-classicisme américain, cinéma, danseurs de formation classique mais ouverts à d’autres styles) mais c’est dans la veine plus narrative d’Orpheus Highway, avec ces passerelles avec le cinéma (si naturelle pour une compagnie basée dans la capitale mondiale du 7ème art), que leur talent s’exprime le mieux à mon sens.

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