Joyaux – Première (22 septembre)

En plaçant Joyaux en introduction de sa première vraie saison de directrice, Aurélie Dupont fait une synthèse de Benjamin Millepied qui a usé et abusé du répertoire balanchinien et de Brigitte Lefèvre qui a fait entrer le ballet triptyque de Balanchine en 2000 au catalogue parisien. D’ailleurs, Joyaux, qui célèbre cette année ses 50 ans, est une synthèse à lui tout seul. C’est à la fois un programme mixte et le premier « full length » ballet sans narration, un spectacle placement de produit (les joyaux de la maison Van Cleef & Arpels) et une œuvre somme de son créateur qui rend hommage à chacune des écoles qui ont marqué son parcours (la française, l’américaine et la russe).

Le Défilé

Le Défilé

Oubliée par ailleurs l’ouverture de la saison dernière avec les expérimentations « arty » de Tino Seghal ou encore le ballet électro-classique de William Forsythe qui désacralisaient le danseur classique et son temple, le Palais Garnier. Avec ses tutus et ses pourpoints évoquant le reflet des pierres précieuses, ses décors tout en sobre élégance (revus par Christian Lacroix pour la production française) et ses distributions constellées d’étoiles, Joyaux renoue avec une certaine idée de l’apparat qui doit accompagner la rentrée d’une grande compagnie classique, et c’est encore plus frappant lorsque la soirée démarre par le Défilé du Ballet comme c’était le cas le 22 septembre.

Emeraudes

Emeraudes

Emeraudes est le volet français du triptyque. Chorégraphié sur des extraits de Gabriel Fauré (Pelléas et Mélisande, Shylock), il évoque le ballet romantique et ses forêts mystérieuses peuplées de créatures non moins mystérieuses. Emeraudes a un petit côté languissant, ou peut-être éthéré, et j’avoue qu’avant l’apparition d’Eleonora Abbagnato, je n’étais pas vraiment happée par ce qui se passait sur scène. Comme souvent chez Balanchine, il n’y a pas réellement de narration mais c’est quand les danseurs nous racontent une histoire que ses ballets prennent une autre dimension. Il y a ainsi un dialogue qui s’établit sur scène Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion, le deuxième couple de solistes, dans leur très beau pas de deux, une conversation secrète que je n’ai pas ressentie entre Laëtitia Pujol, pour son avant-dernière apparition sur scène avant ses adieux, et Mathieu Ganio, étrangement rêveur ou distant, qui interprétaient le premier couple. Le véritable coup de cœur d’Emeraudes, c’est Arthus Raveau : il est toujours très inspiré par les œuvres où prime la musicalité, et notamment Balanchine, et lui, qui paraissait un peu fragile physiquement les dernières saisons, semble avoir retrouvé la plénitude de ses moyens sans avoir perdu son élégance naturelle. Il met remarquablement en valeur ses deux partenaires féminines Hannah O’Neill et Sae Eun Park et il surclasse les deux étoiles masculines dans le final de la pièce.

Rubis

Rubis

Rubis a une énergie tout américaine, communiquée par les accents jazzy du Capriccio pour piano et orchestre d’Igor Stravinsky, partenaire musical de pièces essentielles de l’œuvre de Balanchine (Apollon Musagète, Agon). Nous voici quelque part dans une salle de spectacle à Broadway ou dans un saloon. Les jupes des danseuses se sont nettement raccourcies, les déhanchés se font plus prononcés, place aux hyper-extensions et aux grands sauts, il y a comme un parfum d’ivresse dans l’air, le flirt a remplacé l’amour courtois. En meneuse de revue, Alice Renavand occupe la scène avec autorité, entourée de quatre séduisants boys (Mallory Gaudion, Allister Madin, Daniel Stokes et Simon Valastro). Dans le rôle de l’ingénue, pas si ingénue que cela, et de son amoureux transi, on retrouve Léonore Baulac et Paul Marque. Je n’ai pas été forcément très convaincue par cette association, d’où ne se dégageait pas grand-chose. Josua Hoffalt (initialement prévu sur la distribution) aurait sans doute donné un autre éclat à ces pas de deux. Paul Marque a par contre été brillant dans ses solos, mais ça, c’est une habitude.

Diamants

Diamants

Après l’entracte, Diamants est une peu la compilation de tout ce que l’on aime dans les grands ballets de Marius Petipa, Tchaikovski (ici des extraits de la Symphonie n°3), des ensembles merveilleusement coordonnés (au hasard la Valse des Flocons de Casse-Noisette), un prince forcément sublime qui poursuit une créature inaccessible dans  ses rêves ou dans un univers parallèle (Le Lac des Cygnes, La Belle au Bois Dormant). Le couple vedette de la soirée est formé d’Amandine Albisson et d’Hugo Marchand, un couple extrêmement bien assorti sur le plan esthétique, qu’Aurélie Dupont a visiblement envie d’inscrire dans la durée. A mon avis, Amandine Albisson donne le meilleur d’elle-même sur le plan émotionnel avec des danseurs physiques et partenaires expérimentés (Karl Paquette ou Stéphane Bullion), tandis que son association systématique avec Mathieu Ganio relevait de l’acharnement. Finalement, Hugo Marchand semble être une bonne pioche, même si leurs pas de deux ne donnent pas encore le frisson. Pour le frisson, c’est plutôt du côté des solos d’Hugo Marchand qu’il faut regarder, et comme Amandine Albisson n’est pas tétanisée par les applaudissements nourris recueillis par son partenaire, bien au contraire, ces Diamants s’avèrent être les joyaux de la soirée.

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