Avant d’aller voir la Sylphide

La saison 2012-2013 a été maigre en ballets classiques. La Sylphide vient, 6 mois après le Don Quichotte de Noël, combler le manque des balletomanes.
Cette reconstruction par Pierre Lacotte du ballet fétiche de la prima ballerina Marie Taglioni, emblématique ballet romantique tombé dans l’oubli, est un bel hommage au style français, plutôt approprié en cette année du Tricentenaire de l’Ecole de Danse de l’Opéra.

L’argument du ballet s’inspire librement d’un conte de Charles Nodier « Trilby », et puise également chez Walter Scott, qui a énormément influencé le romantisme français, pour le cadre et les personnages. James, un jeune laird écossais, est sur le point de se marier à Effie. Alors qu’il sommeille devant l’âtre de la cheminée, une curieuse créature, fantasme ou réalité, fait irruption dans le logis. Elle charme le jeune homme et lui subtilise la bague destinée à Effie. James se met à la poursuite de la Sylphide dans les bois. Abandonnant sa fiancée bien réelle, pour atteindre une chimère, il rencontre une sorcière malintentionnée Madge qui lui donne un voile pour attraper la Sylphide. Ce voile attire la convoitise de la Sylphide mais aussi sa perte, car, à peine, s’en saisit elle que ses ailes tombent et elle meurt dans les bras de James, dont la fiancée se marie avec un autre.
Pour redonner vie à cette histoire, 9 ans après la dernière reprise, on a fait appel côté étoiles à de grands techniciens, car la rapidité des pas concoctés par Pierre Lacotte ne pardonne pas la moindre imprécision.

Marie Taglioni dans la Sylphide

On retrouvera ainsi le couple Aurélie Dupont et Mathieu Ganio, déjà immortalisé en DVD en 2004. Lui y étrennait d’ailleurs sa promotion au rang d’étoile. Il sera également le partenaire de Dorothée Gilbert sur cette série. Pour ces deux distributions, je m’attends à une perfection plastique et technique, sans forcément le petit supplément d’émotion que doit procurer cette histoire d’un amour éthéré.
Pour le vrai coup de cœur, il faudra sans doute se tourner vers Mathias Heymann et Evgenia Obraztsova. Lui a retrouvé un niveau exceptionnel et il a gagné en maturité sur le plan de l’interprétation. La ballerine du Bolchoï a appris le rôle avec la muse de Pierre Lacotte, Ghislaine Thesmar, et, sa musicalité, sa technique et son physique en font l’interprête rêvée de la Sylphide. Il pourrait aussi y avoir des étincelles le 05 juillet où Mathias Heymann dansera avec Aurélie Dupont : leur partenariat sur Raymonda lors du Gala Noureev and Friends était remarquable.
Dans la série des valeurs sûres, le duo Ludmila Pagliero – Florian Magnenet assurera 3 représentations. Ludmila Pagliero semble à l’heure actuelle la danseuse de la troupe la plus fiable techniquement et physiquement, et également la plus polyvalente. On ne l’imagine pas forcément dans un personnage évanescent, mais après tout, elle a fait une très convaincante Dulcinée dans Don Quichotte cet hiver. Florian Magnenet a la plastique idéale du jeune premier romantique, c’est un partenaire remarquable, mais saura-t-il déjouer les pièges techniques du rôle ? Cela peut néanmoins être intéressant : il a récolté des critiques plutôt élogieuses pour son interprétation d’Albrecht lors de la tournée en Australie.
Vincent Chaillet fera également deux dates avec l’étoile argentine. Testerait-on déjà nos premiers danseurs dans la perspective d’une future nomination ? Dommage qu’on n’est pas laissé des dates à Alessio Carbone ou Emmanuel Thibault dont la danse virtuose aurait fait merveille ici, mais leur morphotype ne doit pas correspondre aux critères retenus pour ces distributions. On retrouvera Emmanuel Thibault dans le pas de deux écossais en compagnie de Muriel Zusperreguy.
Les fins de saison sont également propices à lancer de jeunes talents. Pierre-Arthur Raveau sera guidé par Mélanie Hurel pour la matinée du 29/06, et Amandine Albisson et Yannick Bittencourt se voient confier deux soirées et notamment la dernière de la saison à Garnier. J’ai pu découvrir ce couple lors de la répétition publique du 8 juin où ils ont travaillé, avec Laurent Hilaire, le pas de deux final du ballet, un des passages les plus délicats car tributaire d’un voile en tulle capricieux. Leur fraîcheur, leur envie d’apprendre et le stress généré par leur premier grand rôle laissaient augurer d’un très joli partenariat.

Amandine Albisson et Yannick Bittencourt

Rendez-vous la semaine prochaine pour le compte-rendu de la représentation Ludmila Pagliero – Florian Magnenet. En attendant, j’espère récupérer une place pour une des dates de Mathias Heymann.

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