Répétition de Daphnis et Chloé avec Benjamin Millepied (26 avril)

La curiosité était forte de découvrir quelques bribes de la création de Benjamin Millepied, nouvelle version du Daphnis et Chloé de Ravel, pour le ballet de l’Opéra de Paris et il y avait une forte affluence pour cette répétition à l’Amphithéâtre Bastille où Léonore Baulac et Marc Moreau étaient dirigés par le chorégraphe. On note au passage les facultés de caméléon de Benjamin Millepied capable de faire avec élégance la promotion de son spectacle dans le très « people » Grand Journal, la dernière page du Vanity Fair de mai ou de nous faire partager un superbe instant de création avec les danseurs.

Leonore Baulac et Marc Moreau

Leonore Baulac et Marc Moreau

Quelques jours auparavant, nous avions déjà eu une présentation très intéressante de Daphnis et Chloé sous l’angle du dialogue entre danse et musique avec Philippe Jordan et Brigitte Lefèvre. Cet après-midi, le focus était mis sur la danse et rien que la danse. Lorsque l’on n’a pas affaire à une répétition d’un grand classique, les séances à l’Amphithéâtre Bastille autour des créations peuvent s’avérer très bavardes, et peinent à dépasser les 45 minutes, et on a parfois l’impression qu’il y aura encore une très grande part d’improvisation sur scène (cf. la création de Teshigawara cet automne). Ici, et c’est assez rare pour être signalé, tout semble être très sous contrôle, très écrit, construit avec rigueur et mené avec une efficacité toute américaine.

D’ailleurs, Benjamin Millepied commence par nous expliquer qu’il s’agit de la 5ème semaine de répétition, et qu’il lui reste 2 minutes sur les 60 minutes du ballet à chorégraphier. La partition de Ravel est, avoue-t-il, une œuvre qui fait peur aux chorégraphes. Il ne voulait pas d’une reproduction littérale de l’univers de Longus mais au contraire rendre justice à cette partition musicale, qui n’est pas « terrestre », en la transposant dans un environnement de lumière et de couleur. La proposition de scénographie de Daniel Buren rejoint cette vision : elle serait d’ailleurs très belle à regarder avec la musique uniquement et sans la danse, confie le chorégraphe. Il s’agit d’un ballet pour 26 danseurs, une chorégraphie très composée, assez différente de ce que les Français ont déjà pu voir de son travail au travers du LA Dance Project ou de ses précédentes créations pour l’Opéra de Paris.  Cette œuvre est plutôt à comparer à ce qu’il a pu faire avec la compagnie qui l’a formé, le New York City Ballet, et il est clairement influencé par Balanchine et Robbins.

Après cette introduction, place à la danse, 50 minutes de répétition pour 4 minutes de pas de deux, sur un des beaux plus passages de la partition, « le Lever du Jour ». Benjamin Millepied va faire répéter à ses danseurs le pas de deux par fragments, d’abord sans musique, puis avec musique.

Il précise qu’il adapte la chorégraphie à ses interprètes, ainsi il pourra y avoir des variations d’un soir à l’autre selon la distribution. Nous assistons à un travail de haute précision, le chorégraphe fait preuve d’un souci du détail et d’une minutie extrême, il ne laisse passer aucune erreur. De temps en temps, Lionel Delanoë, maître de ballet présent dans les travées, lui rappelle la chorégraphie exacte.

Visiblement les danseurs ont déjà travaillé avec les maîtres de ballet une partie du passage, mais c’est la première fois qu’ils ont les corrections du chorégraphe. Celui-ci n’hésite pas à payer de sa personne, dansant lui-même la plupart des séquences avec Léonore Baulac pour montrer à Marc Moreau ce qu’il souhaite en termes de partenariat. Au passage, on se dit qu’il devait être un remarquable partenaire, et il donne de nombreuses indications sur les petits détails qui permettent de fluidifier un pas de deux et qui font que le spectateur va se concentrer sur le duo, et non pas sur les pieds du danseur ou sur les mains qui font tourner la ballerine.

D’habitude, dans ce genre de séance, les danseurs font parfois sentir qu’ils sont un peu fatigués. Aujourd’hui, l’ambiance dans l’Amphithéâtre est studieuse comme jamais, les danseurs paraissent très concentrés, et Benjamin Millepied dégage, malgré son attitude « cool », beaucoup d’autorité. La séance se conclut avec la reprise de l’ensemble de la séquence.  Le style est résolument néo-classique, il y a de la douceur et de la poésie dans les mouvements, avec de brusques envolées : la chorégraphie semble solliciter au maximum les capacités techniques et physiques des danseurs. C’est déjà très bien, mais on sent que Benjamin Millepied n’est pas totalement satisfait, et qu’il aurait volontiers continué quelques minutes supplémentaires.

On espère que cette création, pour le moment très séduisante, est destinée à s’installer durablement dans le répertoire de la maison parisienne. En tout cas, c’est le sésame idéal pour le nouveau directeur de la danse pour imposer sa légitimité et pour s’attirer les faveurs d’un public, déjà conquis.

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